L'actualité de la pensée marxienne
Il s'agit de notes de lectures du livre de Jacques ATTALI intitulé Karl Marx ou la pensée du monde, paru en 2005 chez Fayard.
Un des intérêts de ce livre est de placer l'évolution intellectuelle de Marx dans son contexte familial, social, politique, culturel.
Ainsi, au cours de son séjour à Paris, d'octobre 1843 à Août 1849, Marx poursuit sa réflexion sur la notion d'aliénation qui, à ses yeux, est liée au travail lui-même. "Marx situe l'aliénation dans le rapport de l'homme à la réalité par le travail dont découlent les organisations sociales et les religions.
"Il distingue dès lors trois niveaux d'aliénation, qu'il relie tous trois au travail :
- <<l'objectivation>> : le fait que l'homme produit par son travail une réalité extérieure à lui-même sous formes d'objets qui ont ensuite une existence propre...Marx avance ( ) l'idée que tout travail est souffrance, parce que tout travail crée quelque chose qui est vouée à se séparer de son créateur.Sans doute faut-il voir là une notation autobiographique poignante, une explication de la difficulté qu'il éprouvera, tout au long de sa vie, à se détacher du moindre texte et à le considérer comme achevé...
- Le <<dessaisissement>>: le fait que, dans la société capitaliste, le salarié est dépossédé par le capitaliste du fruit de son travail...Là encore, il s'agit d'une évocation de ce qu'il a lui-même vécu dans son rapport aux éditeurs dont il fut naguère le salarié ...qui l'ont amené à produire un objet-un journal-<<qu'il n'a ni possédé,ni contrôlé>>.
- Enfin, l<<asservissement>> : le fait que le salarié ne peut échapper à l'engrenage qui le conduit à acheter lui aussi, pour survivre, des biens marchands fabriqués par d'autres salariés, et qu'il finit par n'accorder aux choses aucune autre valeur que l'argent qu'elle coûtent ou qu'elle rapportent. L'économie de marché pousse à l'individualisme du consommateur, dirait-on aujourd'hui...Là encore, il y a comme une allusion à son propre rapport à l'argent qu'il aime dépenser et dont il analyse fort bien comment on en devient dépendant.
Le salarié devient alors une marchandise comme une autre, produit lui aussi par le travail, et il entre donc dans le jeu général de l'asservissement. Le statut et la vie du salarié sont ainsi déterminés par la même loi qui régit le prix des choses ...si l'offre est plus grande que la demande, une partie des ouvriers tombe dans la mendicité ou la mort par inanition. L'existence de l'ouvrier est donc réduite à la condition d'existence de toute autre marchandise...<<le salaire a ( ) tout à fait la même signification ( ) que l'huile que l'on met sur les rouages pour les maintenir en mouvement>>. Le capitaliste est tout puissant, car il peut choisir de surseoir à la mise en valeur de son capital, alors que l'ouvrier doit absolument vendre sa force de travail pour survivre :<<Le capitaliste peut vivre plus longtemps sans l'ouvrier que l'ouvrier sans le capitaliste>>.
Dans cete description radicalement neuve du rapport de l'homme au travail et au marché, issue d'une confession/réflexion personnelle sur son propre rapport à l'argent, Marx passe ainsi du concept, philosophique, d'aliénation à celui, économique, d'exploitation. Une part importante de la révolution qu'apportera plus tard sa théorie économique est déjà en place.Reste à élaborer les lois qui permettront de mesurer cette exploitation et d'en suivre l'évolution. Ce qui pase par la mise au point du concept de <<plus value>>, lequel verra le jour onze ans plus tard"
Ayant été chassé de Paris par Guizot, à la demande du roi de Prusse, Marx et son ami Friedrich Engels écrivent à Bruxelles, de septembre 1845 à aout 1846 un texte qui sera intitulé L'Idéologie allemande.
"C'est un de leurs ouvrages les plus importants mais qui ne trouvera pas d'éditeur...
L'Idéologie allemande constitue un boulversement majeur de la pensée politique et socale européenne. Pour cinq raisons :
- D'abord on y trouve pour la première fois une formalisation du concept d'idéologie et l'énoncé des conditions sociales et intellectuelles nécessaires à une révolution : les facteurs économiques sont les facteurs explicatifs <<en dernière analyse>>, et toute idée doit être expliquée par le contexte historique dans lequel elle a été formulée...Marx et Engels utilisent encore le concept d'aliénation ( ) et ils en font la base de leur analyse des idéologies : la <<superstructure>>de la société (la religion, l'art, les idées) vise à justifier son <<infrastructure>> (l'économie, le réel). Autrement dit, la superstructure organise l'aliénation que détermine l'infrastructure. Karl et Friedrich ajoutent à ce point quatre autres conclusions essentielles ( ).
- D'abord, même si l'idéologie dominante est celle de la classe dirigeante, des maîtres de l'économie, l'action et la pensée humaine ne sont pas pour autant prisonnières des facteurs économiques et sociaux; les opprimés peuvent se rebeller en s'ouvrant à une <<conscience de classe>>...
- Ensuite, le capitalisme est un préalable obligé au communisme ( ) <<car, sans lui, c'est la pénurie qui deviendrait générale et, avec le besoin, c'est aussi la lutte pour le necessaire qui recommencerait, et l'on retomberait fatalement dans la vieille gadoue.>>
- Ensuite, le communisme n'est pas une société idéale aux contours figés une fois pour toutes, mais un <<mouvement>>vers la liberté individuelle sans cesse à conquérir et à inventer...<<Par la révolution communiste ( ) et par l'abolition de la propriété privée qui ne fait qu'un avec elle ( ), chaque individu ( ) sera ( ) mis en état d'acquérir la capacité de jouir de la production du monde entier dans tous les domaines>>...
- Enfin, le communisme ne peut-être que mondial : << Empiriquement, le communisme n'est réalisable qu'à travers l'action immédiate et simultanée des populations majoritaires, ce qui présuppose le développement universel des forces de production et des relations internationales qui y sont rattachées...>>
En résumé, pour Marx et Engels, le capitalisme mondial est un préalable nécessaire au communisme, et celui-ci ne saurait s'instaurer que comme un système planétaire; il sera sans cesse en changement vers plus de liberté individuelle, et ne pourra résulter que d'une révolte contre l'idéologie dominante dans la phase d'achèvement du capitalisme devenu mondial.
Alors qu'en 1851, partout en Europe, les révolutions qui ont éclaté en 1848 sont réprimées, Marx réfléchit sur le rôle dévolue au prolétariat, sans envisager qu'il impose une dictature : " <<Un allié et un guide>>: voilà le rôle dirigeant dévolu à la classe ouvrière, classe minoritaire alors à la pointe de l'intelligence industrielle mais exploitée au premier chef. C'est à cette minorité que Marx pensera toujours que doit revenir la direction de la révolution, même s'il ne le dira plus. Et même s'il ne pensera jamais que la classe ouvrière, et encore moins le parti qui la représente doit monopoliser le pouvoir. Plus tard, Engels et Lénine feront ce choix...La tâche du dirigeant prolétarien consiste ( ) à faire naître chez les ouvriers la conscience de leur destin par la création de partis de masse en vue de la constitution d'une vaste alliance, d'une majorité de gouvernement englobant les autres fractions exploitées d la population..."
Alors que Napoléon III a perpétué son coup d'etat le 2 décembre 1851, "Marx décrit en 1852 ce qu'il sait apporter de nouveau à l'analyse sociale : << Ce n'est pas à moi que revient le mérite d'avoir découvert ni l'existence de classes dans la société moderne, ni leur lutte entre elles. Longtemps avant moi, les historiens bourgeois avaient décrit le développement historique de cette lutte de classes, et des économistes bourgeois en avaient exprimé l'anatomie économique. Ce que je fis de nouveau, ce fut : 1° de démontrer que l'existence des classes n'est lié qu'à des phases de développement historique déterminéde la production; 2° que la lutte de classes conduit nécessairement à la dictature du prolétariat; 3° que la dictature elle-même ne constitue que la transition à l'abolition de toutes les classes et à une société sans classes...>>.
Alors qu'il connait la misère et le deuil de deux de ses enfants en quelques mois, Marx définit en 1852 la <<propriété bourgeoise>> comme <<le pouvoir d'assujettir, en se l'appropriant, le travail d'autrui>>.
En 1855, à 37 ans, Marx perd <<son fils aîné adoré>>à l'âge de huit ans. "C'est au coeur de ce désespoir qu'il fait en 1855 sa découverte majeure. Celle qui va relier son analyse de l'aliénation par le travail, qui remonte à 1848, à son analyse de l'histoire par la lutte de classes, faite en 1850. Celle qui va lui assurer toute sa place dans l'histoire des idées. Celle qui va permettre à des dizaines de millions de salariés d'éclairer leurs luttes et qui se résume très simplement : le salarié produit plus de valeur qu'il n'en gagne.
Au plus profond du chagrin causé pr la mort d'Edgar, Marx construit ainsi sa théorie de la plus value, laquelle sous-tend et entraîne la dynamique des pouvoirs et des luttes. Il distingue entre une <<forme absolue>>et une <<forme relative>> de cette plus-value; entre un <<capital constant>>et un <<capital variable>>. Des concepts qui, sous d'autres noms, forment aujourd'hui encore une partie de l'armature de la pensée économique moderne, même chez ses tenants les plus libéraux."
Dans un livre bouclé début 1859, intitulé Contribution à la critique de l'économie politique, Marx parle "de la technologie et de l'universalisation qu'elle accélère, et termine par une nouvelle ode au capitalisme : <<D'une part, la production capitaliste crée l'industrie universelle, c'est à dire le surtravail, le travail créateur de valeur; d'autre part, elle crée un système d'exploittion globale des ressources naturelles et humaines, un système d'utilité générale qui a pour fondement la science ainsi que toutes les autres qualités physiques et sprirituelles ( ); c'est ici la grande influence civilisatrice du capital : il hausse la société à un niveau en regard duquel tous les stades antérieurs font figure d'évolutions locales de l'humanité et d'idolâtrie de la nature.>>...
"En décembre 1860, alors que Jenny (son épouse) se remet lentement et sombre dans la dépression en raison des marques sur son visage (dues à la variole), Karl retrouve goût au travail. Il lit De l'origine des espèces, un an après sa parution. Il trouve chez Darwin sa propre façon de travailler, de penser le monde comme une histoire. Il est frappé de l'analogie entre les lois de la concurrnce, qu'il étudie, et celles de la sélection naturelle, que Darwin a mis au jour..."
Dans une lettre envoyée le 18 Juin 1862 à Friedrich Engels, pour lui demander de l'argent, Marx note :<<Je suis surpris de voir Darwin redécouvrir chez les bêtes et les plantes les caractères de la société anglaise, avec sa division du travail, sa concurrence, l'ouverture des marchés, l'inovation et la "lutte pour pour la vie".>> ...
"Alors que Proudhon meurt en janvier 1865 ( ), la mondialisation s'accélère ( ). A Londres, Marx mène une double vie. Le jour, il est officiellement le <<secrétaire correspondant pour l'Allemagne >> de L'Internationale et, de facto, le patron d'une oraganisation politique qui rassemblera bientôt des dizaines de milliers d'ouvriers, d'employés et d'intellectuels à travers l'Europe. La nuit, il s'est remis à travailler à ce grand livre commencé vingt ans plus tôt, dont il n'a publié qu'un gros chapitre sous le titre Contribution à la critique de l'économie politique, et qui va, pense-t-il, contribuer à abattre le capitalisme, ce sera Le Capital...
..."Le 2 et 8 Mai 1865, Marx prononce deux discours devant le conseil général de l'Internationale (publiés après sa mort sous le titre Salaires, prix et profit), où il explique pour la première fois sa conception des liens entre le travail, l'exploitation et le profit : << Le travail est par nature en situation de faiblesse face au capital. Le travail est de nature plus périssable que les autres marchandises. Il ne peut être accumulé>>. Pour lui, l'exploitation se caractérise par l'usage du temps : à la différence du capitaliste qui peut se permettre de stocker les produits de ses usines, l'ouvrier qui n'a pas vendu sa force de travail d'une journée en perd définitivement la valeur. Marx en déduit, contre les thèses des syndicalistes anglais, que l'action politique prime sur l'actin syndicale :<< Si la classe ouvrière lâchait prise dans son conflit quotidien avec le capital, (c'est à dire si elle renonçait à l'action syndicale), elle se priverait certainement de la possibilité d'entreprendre tel ou tel mouvement de plus grande envergure>>, mais <<les ouvriers ne doivent pas s'exagérer le résultat final de cette lutte quotidienne qui lutte contre les effets et non contre les causes. Ils doivent donc inscrire sur leur drapeau le mot d'ordre révolutionnaire : "Abolition du salariat!", qui est leur objectif final>>. Autrement dit, le syndicalisme ne suffit pas, l'action politique est nécessaire pour changer radicalement la société en sortant de l'ordre marchand. Les syndicats anglais, pourtant à l'origine de l'Internationale, ne se reconnaissent plus dans l'organisation que Karl et ses amis leur ont littéralement subtilisée. Ils vont bientôt la quitter...."
"...Le Capital commence par une analyse du concept de marchandise ( ). Pour Marx, .l'économie ne s'explique pas par l'échange, mais par la production; non par le visible, mais par l'invisible ( ). Plus précisément, pour qu'il y ait marchandise, il faut qu'il y ait à la fois marché et division du travail. Autrement dit, les produits du travail ne deviennent des <<marchandises>> que lorqu'ils sont reconnus comme tels à travers l'échange. C'est la loi de la valeur , ou loi générle des équivalences. Toute marchandise a à la fois une valeur d'usage , une valeur d'échange et un prix.
La valeur d'usage d'un objet tient à son utilité pour son détenteur; elle n'est pas réductible à la rareté et aux matériaux qui la composent.
Sa valeur d'échange assure l'équivalence des marchandises entre elles; elle se mesure dans la production en temps de travail.
La réalité s'explique non par les prix, mais par les relations entre valeurs d'échange. Le prix, lui, est,fixé par le marché; il varie autour de la valeur d'échange et incite les entreprises à fabriquer plus ou moins selon la demande de valeur d'usage...
Marx annonce ( ) sa découverte majeure ( ) : l'ouvrier ne vend pas le produit de son travail (les objets qu'il fabrique) , mais la faculté pour un patron de disposer de sa force de travail pendant un certain temps (une certaine durée de travail)...
Marx énonce ( ) ce qui est pour lui la clé du capitalisme, la façon dont se crée la richesse, et ce qui connecte l'économie et la politique : le travailleur est une marchandise comme une autre, mais qui présente cette particularité que ses valeurs d'échange et d'usage se mesurent toutes deux en quantité de travail. La valeur d'usage du travailleur est égale à ce qu'il est capable de produire par son travail; sa valeur d'échange est égale à ce qu'il coûte à reproduire, c'est à dire au nombre d'heures de travail nécessaires pour fabriquer ce dont il a besoin pour vivre. Sa valeur d'usage, c'est sa force de travail. Sa valeur d'échange, c'est ce qu'il reçoit pour la reconstituer...Là vient l'essentiel que nul n'avait exprimé avant Marx : un travailleur peut produire plus que ce qu'il coûte à produire... La différence- mesurée en heures de travail-entre ce que coûte au capitaliste le travail de l'ouvrier et ce qu'il lui rapporte est la plus-value que s'approprie le capitalistre. Elle mesure l'ampleur de l'exploitation... Marx distingue deux façons d'augmenter la plus-value. L'une est d'allonger la durée du travail; mais elle a pour limite l'épuisement de la classe ouvrière. L'autre est de réduire la quantité de tavail necessaire à la reproduction des salariés, c'est à dire d'augmenter la <<productivité du travail de fabrication de ces biens>>; elle est quasi illimitée et passe par le remplacement des travailleurs par des machines. La première est limitée par la fatigue du travailleur; la seconde, par le progrès technique. La première exige plus de travail; la seconde, plus de capital...C'est ainsi que la machine, en augmentant la matière humaine exploitable, élève en même temps le degré d'exploitation...Comment mesurer en heures de travail la valeur d'usage de celui qui conçoit une machine? Marx pose le problème sans s'y étendre en détail...
Il nomme l'appropriation économique de la plus value <<exploitation>>du travailleur ( ) Elle est la conséquence économique de l'aliénation. Elle est ni naturelle, ni définitive, mais politique , et s'explique historiquement...:s'il y a des <<travailleurs qui ne possèdent que leur force de travail, c'est parce qu'ils ont été dépouillés de tous leurs moyens de production...>>.Les conséquences de cette spoliation, c'est la <<transformation des conditions de travail en capital et la masse du peuple en salariés...>>
"Aux yeux de Marx, le capitalisme constitue jusqu'à aujourd'hui le meilleur des systèmes et représente un formidable progrès par rapport aux formes antérieures d'exploitation...mais ( ) il n'est, lui aussi, qu'un système transitoire. Avec lui disparaîtront un jour l'ensemble des catégories économiques marchandes. Car le capitalisme et le marché sont une seule et même chose...l'histoire du capitalisme se résume en somme à celle de l'accumulation de capital, <<moteur et fin de la production( ). Le monopole du capital devient une entrave pour le mode production qui a grandi et prospéré avec lui et sous ses auspices. La centralisation des moyens de production et la socialisation du travail arrivent à un point où elles ne peuvent plus tenir dans leur enveloppe capitaliste. Cette enveloppe se brise en éclats. L'heure de la propriété privée capitaliste a sonné. Les expropriateurs seront à leur tour expropriés...Le mode de production capitaliste est arrivé à ce point que le travail de direction, complètement séparé de la propriété du capital, court les rues...Les capitalistes deviendront tout aussi superflus, au niveau de la production, que les prêteurs d'argent et les propriétaires fonciers...>>
"Le 14 septembre 1867 le Capital paraît à mille exemplaires à Hambourg...Le livre se vend mal ...et Marx en tombe malade une fois de plus..."
A l'intérieur de l'Internationale, l'anarchiste russe Bakounine combat les idées de Marx : << Je déteste le communisme parce qu'il est la négation de la liberté et que je ne puis concevoir rien d'humain sans la liberté. Je ne suis point communiste, parce que le communisme concentre et fait absorber toutes les puissances de la société dans l'Etat, parce qu'il aboutit nécessairement à la centralisation de la propriété entre les mains de l'Etat. ( ) Je veux l'organisation de la société et de la propriété collective ou sociale de bas en haut , par le moyen de quelque autorité que ce soit. Voilà dans quel sens je suis collectiviste et pas du tout communiste.>>
Dans son courrier, Marx expose sa vision de l'autodestruction du capitalisme : "c'est sa théorie de la crise : le capitalisme va disparaitre par le jeu de ce qu'il appelle <<la baisse tendancielle du taux de profit>>, c'est à dire la baisse du rapport entre la plus-value et la somme de tous les travaux utilisés pour la produire, qui est analogue au rendement d'une machine thermique.En effet, du fait de la concurrence, les entreprises utilisent de plus en plus de capital, sans dégager proportionnellement plus de profit, ce qui veut dire que le rapport entre la quantité de capital et la quantité de travail utilisées dans la production, la <<composition organique du capital>> augmente, entraînant automatiquement une baisse du <<taux de profit>>. Il devient alors économiquement impossible d'assurer aux propriétaires du capital la plus-value qu'ils peuvent politiquement exiger. C'est la crise. La classe capitaliste se réduit alors en nombre, tandis que la classe ouvrière voit ses éffectifs s'accroître des capitalistes ruinés et des paysans chassés de leurs terres.
Cela n'entraine pas nécessairement le renversement du capitalisme, qui dispose de plusieurs moyens de restaurer le taux de profit : par la baisse du niveau de vie des ouvriers, par l'exportation, par les conquêtes coloniales,par le progrès technique et par l'action de l'Etat. Mais les crises succèderont dès lors aux crises et à la lutte des classes, elle-même exacerbée par ces crises, viendra hâter la fin du capitalisme. "
Marx éprouve des difficultés à vérifier sa théorie. Par exemple, "Il constate que les prix de marché diffèrent des prix de production parce que le marché n'est pas en concurrnce parfaite. Il n'y a donc jamais , il ne peut y avoir proportionnalité entre le prix de marché d'un bien et sa valeur-travail. Et les prix,seules grandeurs mesurables, restent donc sans relation directe avec les valeurs-travail, seules grandeurs obéissant aux lois économiques qu'énonce Marx. Aucune vérification expérimentale de ses concepts ni de ses lois n'est donc envisageable, si ce n'est par l'Histoire à venir. Est-ce alors bien une théorie scientifique qu'il a construit là? Ne serait-ce pas plutôt une conjoncture philosophique?"
Après la terrible répression de l'insurrection parisienne de la Communes (4000 morts au combat côté fédérés et 17000 parisiens passés par les armes sans jugement),fin Mai 1871, Marx voit dans l'action des insurgés "la meilleure illustration de ce qu'il a appelé une <<dictature du prolétariat>>, laquelle utilise tous les pouvoirs que lui délègue le suffrage universel. Il "énumère les caractéristiques de ces réformes institutionnelles nécessaires à la transition vers le socialisme : la <<suppression de l'armée permanente et son remplacement par le peuple en armes>>,la suppression du corps des fonctionnaires et des institutions parlementaires, remplacés par <<des ouvriers ou des représentants connus de la classe ouvrière ( ) responsables et révocables à tout moment>>, assurtant leur fonction <<pour des salaires d'ouvriers>>et constituant <<un corps agissant , exécutif et législatif à la fois>>. La commune dépouille aussi la Justice de sa <<feinte indépendance>>et commence à <<briser l'outil spirituel de l'oppression en s'attaquant à l'Eglise.Mais ce gouvernement là a échoué à passer à l'étape suivante, le socialisme, parce qu'il n'a pas su gérer correctement cette dictature du prolétariat.
L'auteur signale :" bien peu de partisans de Marx retiendront qu'il a recommandé d'employer, là où c'est possible, la voie démocratique pour conquérir le pouvoir. Jamais, il est vrai, il ne dit que ce pouvoir devra être rendu s'il est perdu par les urnes..."
En septembre 1871, à une <<conférence préparatoire>>à un congrès de l'Intenationale qu'Il convoque à Londres, Marx fait accepter par les dirigeants "son légalisme et son refus de la révolution violente en démocratie...La sociale-démocratie est née..."
Marx est furieux d'apprendre à Londres la fusion des deux mouvements socialistes allemands qui s'est éffectuée à Gotha, en Thuringe,les 14 et 15 Février 1875, avec pour principal but, la prise en main de l'Etat prussien. Il envoie une critique en règle au secrétaire du nouveau parti social démocrate allemand.Il insiste sur le fait que "les communistes ne sauraient accepter un programme qui n'aboutit pas à la disparition de l'Etat." A ses yeux, un programme devrait s'inscrire dans une action à trois phases :
- ( ) "une fois parvenu démocratiquement au pouvoir par les urnes, le parti socialiste devra respecter <<le droit égal pour tous>>reposant sur l'égalité des individus (<<A chacun selon son travail>>. ( ) cette phase doit vite laisser la place à une deuxième phase visant à doter le prolétariat des moyens de ne pas perdre les élections suivantes.
- cette deuxième phase, la <<dictature du prolétariat>, doit étendre très largement l'alliance majoritaire.( ) Cette dictature doit mettre en place un Etat décentralisé, transparent, agissant au grand jour, sans censure de la presse, sans nomination hiérarchique, sans armée permanente, avec des juges élus, sans <<organes purement répressifs>>. Cette Etat sera donc en voie d'extinction, mais restera capable de se défendre contre ses ennemis. Point très important : pour Marx, la dictature du prolétariat ne doit pas remettre en cause les libertés individuelles, mais doit organiser la disparition des <<organes répressifs de l'Etat>>. On est loin du sens que Lénine donnera après lui à ce concept!
- Dans la troisième phase du programme, une fois l'Etat répressif disparu, s'installe la société communiste sans classes et sans division du travail; les citoyens y sont libres de travailler à leur guise, de développer leurs capacités dans le respect de celles ds autres; ils disposent des biens de consommation autant qu'ils en ont besoin, sans être soumis à une idéologie ou à une morale religieuse. les entreprises sont possédées collectivement, mais pas necessairement par l'Etat..."
Marx ne précise pas ce qui se passerait si une majorité d'électeurs refuse cette transition et réclame le retour à l'ordre antérieur. "Il ne précise pas davantage la nature de l'Etat sous la dictature du prolétariat, ni ce qu'il en reste dans la société communiste, ni la façon dont est gérée la propriété collective des entreprises dans la société idéale...
En 1876, les signes d'une nouvelle révolution industrielle se multiplient...les banques américaines se développent, le capitalisme financier prend peu à peu le pas sur le capitalisme industriel...
En Mai1876, Engels rédige un ouvrage qui "s'appellera L'Anti-Dühring et deviendra après la mort de Marx le cathéchisme du <<marxisme>>. "Principale ambiguité de ce programme : "L'Etat prend le contrôle de l'économie. Difficile, après avoir donné tous les pouvoirs à l'Etat, d'imaginer qu'on puisse ensuite en organiser le dépérissement!"
"En 1877, Karl travaille encore à ses livres II et III du Capital. Entre autre, toujours à la même question du passage de la valeur-travail au prix, question non résolue depuis qu'il l'a affrontée ( ) vingt- deux ans plus tôt..."
Malgré ses zones d'ombre, la pensée de Marx a marqué le XIXème siécle et l'auteur insiste sur les points communs "entre la théoriede la sélection naturelle (qui aboutit à la mutation des espèces vivantes), la théorie de la lutte des classes (qui aboutit à la mutation des espèces sociales), et l'autre grande théorie du XIXème siècle, celle de la thermodynamique (qui aboutit à la mutation des états de la matière)! Toutes trois parlent de variations infinitésimales et de sauts majeurs; toutes trois parlent aussi d'un temps qui s'écoule irréversiblement : vers le désordre dit Carnot; vers la liberté, dit Marx; vers le mieux adapté, dit Darwin. S'adapter aux désordres de la liberté : tel est ce qui réunit Carnot, Marx , Darwin, les trois géants de ce siècle...
Le 14 mars 1883, victime de la tuberculose ...<<le plus grand penseur vivant a cessé de penser>> " tel sera le début de l'oraison funèbre prononcée par Engels!
"Aujourd'hui, alors que les régimes se recommandant du marxisme ont presque tous disparu de la surface du globe, se profilent de nouvelles usurpations du même type...
L'étude de cette glorification posthume permettra de constater que, pour qu'une doctrine, une religion, un homme en viennent à constitutuer le socle justiticateur d'un système totalitaire., il faut que six conditions soient réunies" :
- une oeuvre offrant une vision globale de l'Histoire assortie d'une claire distinction entre un présent désastreux et un avenir radieux;
- assez de complexité et de lacunes pour permettr plusieurs interprétations;
- une pratique suffisamment ambigüe pour en rendre possible la récupération politique;
- un ami (ou plusieurs) suffisamment légitime pour réduire l'oeuvre à des principes simples;
- un leader charismatique pour porter ce message, au-delà des premiers disciples, en s'appuyant sur une organisation à sa dévotion;
- enfin, une conjoncture politique permettant de prendre le pouvoir.
- La vision globale du monde est celle du Manifeste et du Capital;
- les lacunes ouvrant à plusierus interprétations sont celles qui jalonnent toute l'oeuvre de Marx
- la pratique, à la fois libertaire et dictatoriale, est aussi la sienne.
- les amis qui l'ensevelirent sous plusieurs couches de simplifications, puis de mensonges, furent Engels et Kautsky.
- les leaders charismatiques furent Lénine et Staline, s'appuyant sur le parti communiste soviétique et le kommintern;
- le conjoncture politique qui déclencha la prise du pouvoir par le marxisme fut celle de la Première Guerre mondiale, en Russie et en Prusse, l'une et l'autre héritiers dévoyés de Hegel et de Marx, d'un dirigisme nationaliste et d'un socialisme internationaliste. C'est là que naîtront les deux effroyables perversions du XXème siècle : le nazisme et le stalinisme...
...d'autres caricatures ont sa théorie pour la mettre en pratique ( ) :
- Engels, qui inventera le concept de parti d'avant-garde;
- Kautsky , qui caricaturera la théorie économique de Marx;
- Lénine, qui imposera le marxisme en Russie comme stratégie d'occidentalisation d'un pays arriéré;
- Staline, qui fera de la dictature du prolétariat une dictature exercée sur le prolétariat après la liquidation des autres classes.
Leur action se déroule sur quatre scènes :
- la Grande-Bretagne, qui ne gardera de Marx que la pratique sociale-démocrate, sans vocabulaire;
- la France, qui ne conservera de lui que le vocabulaire, sans la pratique politique;
- l'Allemagne et la Russie, qui mettront en oeuvre deux caricatures de son projet :
- l'Allemagne optera pour un totalitarisme national contre l'internationalisme communiste;
- la Russie remplacera un totalitarisme national par un autre en invoquant les mots d'ordre de l'internationalisme.
L'une et l'autre héritières de Bismark et de Hegel (c'est à dire de la dictature prussienne), bien plus que de Marx (c'est à dire de la Rhénanie et de la Révolution française)...
Après la prise du pouvoir en Russie (nuit du 6 au 7 Novembre 1917), Lénine "va imposer une conception de la dictature du prolétariat on ne peut plus diférente de celle de Marx : alors que, pour Marx, elle est le règne provisoire d'une large majorité, qui respecte le droit des gens, la liberté de la presse, les partis d'oppositionet la séparation de pouvoirs, Lénine l'envisage comme la dictature définitive d'une minorité déterminée...Rosa Luxembourg accueille avec enthousiasme la révolution d'octobre tout en s'inquiétant de la conception léniniste de la dictature du prolétariat ( )<< La tâche historique qui incombe au prolétariat une fois au pouvoir, c'est de créer, à la place de la démocratie bourgeoise, la démocratie socialiste et non pas de supprimer toute démocratie>>...
..."alors que l'armée commandée par Ludendorff va vers la défaite ( ), l'historien allemand Oswald Spengler, dans un texte capital et trop méconnu, Prussianité et socialisme, dénonce le socialisme de Marx comme anti-allemantd parce que juif, alors que le <<vrai socialisme est à ses yeux prussien et national. Il fournit ainsi une base idéologique à la droite allemande, puis, demain, à l'extrème droite et au national-socialisme, pour résister tout à la fois aux communistes et aux Anglo-Saxons, car il accuse marxistes et capitalistes d'avoir partie liée contre l'Allemagne..."
Quant à Lénine, il "commence à structurer son Etat,à collectiviser les entreprises et à se doter des moyens de répression, oubliant que la première mission que Marx assignait à la dictature du prolétariat était tout au contraire de <<faire disparître les appareils répressifs>>...
Le 23 Juillet 1921, à Shanghai, le parti communiste chinois convoque son premier congrès qui fait de Marx sa référence et se donne pour objectif <<la réalisation du communisme par la dictature du prolétariat>>. Marx est maintenant omniprésent dans les esprits révolutionnairesde la planète. Il a suffi qu'un grand pays agricole, la Russie, l'adopte comme icône de la modernisation pour que les autres en fassent autant, prônant une doctrine anti-capitaliste faute de pouvoir accéder encore aux réalités du capitalisme.Le marxisme est donc un substitut du capitalisme."
Le Capital de Marx est pour Hitler une émanation du capital international., lié à la démocratie qui <<affirme qu'un homme en vaut un autre>>. Le futur Führer (en 1923) mêle dans le même opprobe judaîsme, démocratie, capitalisme, communisme et marxisme :<< La doctrine juive du marxisme rejette le principe aristocratique observé par la nature, et met à la place du privilège éternel de la force et de l'énergie la prédominance du nombre et de son poids mort. Le Marxisme nie la valeur individuelle de l'Homme, conteste l'importance de l'entité ethnique et de la race, et prive ainsi l'humanité de la condition préalable à son existenceet à sa civilisation.>>
...Staline théorise sa ligne sous l'appellation de <<marxisme-léninisme>>qui n'a rien à voir avec Marx : édification du socialisme dans un seul pays, priorité au développement de l'industrie lourde et de l'armement, <<centralisme démocratique>> au sein du Parti, soit dictature absolue d'un homme sur l'ensemble de la société et mainmise tout aussi implacable sur les dirigeants des <<partis frères>>...
Ainsi, en 1929, les communistes du KPD allemand, inféodés à Moscou tirent à boulets rouge sur la sociale-démocratie et feront le jeu d'Hitler pour s'emparer du pouvoir : <<( ) La sociale-démocratie augmente le poids des impôts frappant le peuple travailleur et les cadeaux à l'Etat capitaliste par pleins sacs d'argent. la sociale-démocratie laisse construire des cuirassés par votre ministère. La sociale démocratie est la meilleure troupe de défense de la bourgeoisie allemande, elle est le plus robuste bélier du fascisme et de l'impérialisme...>>.
..."A l'Ouest où s'amorce une crise très profonde (en 1929),certains voient le début de l'agonie du capitalisme dans le keynésisme et l'intervention de l'Etat...Certains, rares,commencent à penser que le socialisme n'est pas à rechercher au-delà du capitalisme mais à côté de lui. Non pas comme un summum de l'abondance matérielle , mais comme une remise en cause de la notion même de progrès marchand. En 1930, Walter Benjamin propose d'élaborer <<un matérialisme historique qui ait annihilé en lui l'idée de progrès>>. Au lieu d'être une<<locomotive de l'Histoire>>, la révolution doit agir , selon lui, comme un <<frein d'alarme>> qui détournerait le monde de la catastrophe...
"Aujourd'hui, les fondements de la théorie de Marx semblent dépassés. Il n'est plus possible de définir les classes sociales; bourgeoisie et prolétariat ne sont plus deux groupes sociaux en opposition absolue; les salariés eux-mêmes sont divisés en groupes de plus en plus nuancés; certains d'entre eux sont désormais des actionnaires; des cadres gèrent des entreprises sans en être propriétaires et s'approprient une part du profit, les innovateurs, les artistes prennent de l'importance financière. A côté de l'argent, le savoir devient un capital déterminant; c'est par lui que passe une part majeure du profit, et il est impossible de mesurer le coût de production d'un objet par les heures de travail nécessaires pour le produire. Enfin, la mesure de la plus-value est de plus en plus incertaine.
Malgré cela, la théorie de Marx retrouve tout son sens dans le cadre de la mondialisation d'aujourd'hui , qu'il avait prévu. Nous assistons à l'explosion du capitalisme, au boulversement des sociétés traditionnelles, à la montée de l'individualisme, à la paupérisation absolue d'un tiers du monde, à la concentration du travail, aux délocalisations, à la marchandisation, à l'essor de la précarité, au fétichisme de marchandises, à la crétion de richesses par la seule industrie, à la prolifértion de l'industrie finacière visant à se prémunir contre les risques de la précarité. Tout cela, Marx l'avait prévu. Le coût du travail reste, comme il l'avait indiqué, la variable clé de l'économie; le taux de rentabilité reste l'objectif majeur; pour le préserver, voir pour l'accroître, les salaires continuent d'augmenter moins vite que la productivité , et l'Etat continue de prendre à sa charge une part croissante des dépenses sociales et de recherche.
Demain, si la mondialisation n'est pas une nouvelle fois remise en cause, le maintien de la rentabilité du capital ne pourra pas passer par une socialisation mondiale des pertes, faute d'un Etat mondial; il passera donc par la réduction du coût du travail, c'est à dire par des délocalisations, le démantellement de la protection sociale et le remplacement accéléré de certains servics par des produits industriels, afin de réduire le coût de la reproduction de la force de travail. Autrement dit, par l'automatisation des services de loisirs, de santé et d'éducation.
...La tyrannie du neuf, le fétichisme de la consommation dont Marx a tant parlé, retardera alors-peut-être à jamais- dans la facination du spectacle indéfiniment renouvelé des marchandises, l'avènement de la révolution, elle-même devenue spectacle donné par quelques terroristes au reste du monde.
Lorsqu'il aura ainsi épuisé la marchandisation des rapports sociaux et utilisé toutes ses ressources, le capitalisme, s'il n'a pas détruit l'humanité, pourrait aussi ouvrir à un socialisme mondial. Pour le dire autrement, le marché pourrait laisser la place à la fraternité. Il faudrait, pour l'imaginer, en revenir aux principes que Marx évoquait dés lors qu'il rêvait d'un socialisme universel : la gratuité, l'art du <<faire>> et non du <<produire>>, la mise en commun et à disposition gratuite des biens nécessaires à l'exercice des libertés et des responsabilités (<<biens essentiels>>). Comme il n'y a pas d'Etat mondial à prendre, cela ne saurait passer par l'exercice d'un pouvoir à l'échelle mondiale, mais par une transition dans l'esprit du monde-cette <<évolution révolutionnaire>>si chère à Marx. Par un passage à la responsabilité et à la gratuité . Tout homme deviendrait citoyen du monde et le monde serait enfin fait pour l'homme."
Jacques ATTALI achève son ouvrage par une conclusion à la fois optimiste et prophétique :
"Il faudra () relireMarx; on y puisera des raisons de ne pas réitérer les erreurs du siècle passé, de pas céder aux fausses certitudes,; d'admettre que tout pouvoir doit être réversible, que toute théorie est faite pour être contredite, que toute vérité est vouéeà être dépassée, que l'arbitraire est certitude de mort, que le bien absolu est la source du mal absolu; qu'une pensée doit rester ouverte, ne pas tout expliquer, admettre des points de vue contraires, ne pax confondre une cause avec des responsables, des mécanismes avec des acteurs, des classes avec des personnes.
Laisser l'homme au centre de tout.
¨Pour y parvenir, les générations à venir se souviendront du proscrit Karl Marx qui, dans sa misère londonienne, pleurant ses enfants morts, rêva d'une humanité meilleure. Ils reviendront alors vers l'esprit du monde et son message prinipal :
l'homme mérite qu'on espère en lui. "

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