Deux conceptions de l'au-delà
Cette réflexion est extraite du livre de Henri BOURGEOIS, intitulé "je crois en la résurrection du corps"publié chez Desclée en 1981 et disponible au centre de documentation de la paroisse Sainte Anne des calades de Villefranche/Saône:
"L'au-delà asiatique est () envisagé comme un ordre tout autre que celui de la vie actuelle. D'une certaine manière, en judaïsme et Christianisme, il en va bien de même : l'au-delà de la mort se présente bibliquement comme un autre monde. Pourtant les deux représentations ne s'identifient pas. en Asie, l'au-delà est compris comme une altérité pure et simple. Dans les religions bibliques, l'au-delà conjugue paradoxalement altérité et continuité. Est-ce par concession à l'imagination commune? Il ()semble que c'est d'abord et avant tout par confiance en Dieu. C'est Dieu le Tout Autre, non l'au-delà. Ou plutôt l'au-delà n'est différent de la vie actuelle qu'en fonction de Dieu. Or Dieu ouvre l'histoire , l'oriente et la veut plus forte que la mort. Sa parole et sa promesse fondent la continuité relative entre l'histoire actuelle et l'au-delà de l'histoire. Bibliquement parlant, si quelque chose de l'homme continue au delà de la mort, c'est parce que le projet de Dieu le rquiert. Et si quelque chose arrive à l'homme après sa mort, c'est parce que Dieu intervient. Il () semble donc que la différence entre ce monde et l'autre monde n'est pas moindre en judéo-christianisme que dans l'hindouisme ou le bouddhisme. Mais elle est autre, à cause précisément de la conception différente que l'on se fait de part et d'autre du divin ou de Dieu.
Dans l'hindouisme, les figures du divin sont multiples. Dieu s'y trouve personnalisé, notamment dans la ligne spirituelle de la <<bhakti>>. Mais il y prend aussi une présence impersonnelle, celle de Brahman. Comme si, à propos du divin, s'opérait le mouvement de désillusion et de dépersonnalisation qui est compris comme le salut de l'homme. C'est en ce sens que le bouddhisme s'est orinté en refusant toute image de Dieu et en s'abstenant même d'en parler. La perte de la personnalité divine correspond à la perte de l'individualité humaine.
Si donc l'on veut éviter de rapprocher artificiellement des représentations dont les présupposés sont très différents, il faut reconnaître qu'entre la résurrection et la réincarnation la distance est grande, à propos de la personne humaine, de la conception de l'histoire et de la signification de Dieu..."

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