L'Homme intérieur, ce méconnu !
Il s'agit des extraits de l'ouvrage de Jean CADILHAC,évêque de Nîmes, intitulé Fortifiez en vous l'homme intérieur, publié en 1990, aux Editions du lion de juda.
La ligne directrice du livre réside dans la conviction que "la vie spirituelle n'est () pas une autre vie, à côté de la vie réelle, mais notre vie quotidienne toute entière vécue autrement , dans l'Esprit. "
D'où la reprise de l'expression de Madeleine DELBREL : << la vie spirituelle est une vie humaine vécue de l'intérieur>>
L'auteur remarque "que cela n'est pas naturel à notre monde."
Il insiste : "Loin de toute recherche de soi ou de toute complaisance en soi il s'agit de trouver au-delà des apparences et des épiphénomènes, ce lieu intérieur et secret où Dieu nous habite afin que <<le souvenir de Dieu devienne notre respiration>>".
D'où cette mise en garde : "Certains qui croient y parvenir par des méthodes en vogue de type oriental ne peuvent que s'égarer car, en général, elles font fi de l'altérité de Dieu et de l'accueil du salut qui nous est offert gratuitement... "
Ultime précision : "...la vie spirituelle n'est pas affaire de volonté, même s'il en faut. Elle est essentiellement l'oeuvre de l'Esprit en nous, à laquelle nous devons nous rendre disponible pour y collaborer...."
Au chapitre 2, l'auteur nous rappelle que c'est Jésus qui nous donne son Esprit avec cette remarque : "Nous (NDLR : les chrétiens) n'avons pas le monopole de l'Esprit Saint et celui-ci est répandu en abondance. " D'où cette remarque salutaire :
"L'un des signes de notre docilité à l'Esprit est notre capacité de communion dans le respect des différences légitimes.
Tout rejet de l'autre parce que différent de soi, sous quelque forme que ce soit, est une négation de la grâce, du don qu'est l'Esprit et qui nous révèle sans cesse la gratuité de Dieu.
Il nous éloigne de la source de tout don et revêt un aspect de mort. Il est incompatible avec l'Esprit Saint car l'Esprit Saint <<est Seigneur et donne la vie>> comme nous l'affirmons dans le Symbole de Nicée.
Don de Dieu Lui-même, l'Esprit Saint nous communique la vie de Dieu donnée au monde dans le Christ qui est <<la Voie, la Vérité, la Vie>>. Ce don de la vie nous est fait le temps présent mais il nous sera accordé en plénitude au siècle futur.Si l'Esprit de Celui qui a réssuscité Jésus d'entre les morts habite en vous, Celui qui a réssuscité Jésus Christ d'entre les morts donnera aussi la vie à vos corps mortels par son Esprit qui habite en vous (Romains VIII,11)...
Depuis la venue du Christ dans sa chair, sa mort et sa résurrection, les derniers temps sont inaugurés et l'Esprit est répandu à profusion...Il va de ce don comme la Parole de Dieu dans la parabole du semeur (cf Mathieu XII, 18-23). Beaucoup l'ignorent ou l'étouffent...
L'Esprit de Jésus est essentiellement un Esprit d'amour...Se comporter comme le Christ, avoir les mêmes sentiments que lui suppose la mort à nous-même, la crucifixion de notre volonté de puissance, de domination, de jouissance. Seul l'Esprit Saint qui est force d'amour rend possible cette mort qui deviendra victorieuse du mal et qui est notre participation à la croix de Jésus, fontaine intarissable de l'Esprit..."
Le chapitre 3 nous rappelle que l'Esprit Saint est donné à ceux qui le réclament. Aussi "la prière, contrairement à l'idée que certains s'en font, n'a pas pour but de faire pression sur Dieu ...Notre Dieu est amour, toujours en éveil et impatient de se manifester Si nous prions, ce n'est pas pour changer Dieu et Le mettre au service de nos besoins mais pour nous accorder à ses désirs et ainsi nous changer...
A l'encontre de ce que certains peuvent penser, la prière n'est pas une attitude irresponsable qui nous conduirait à la démission mais une attitude juste : nous reconnaissons ce que nous sommes et ce qu'est Dieu. Nous mesurons la distance qu'il y a entre Lui et nous et avons confiance que dans son amour, il la comblera. L'humilité suppose qu'on regarde Dieu avant de se regarder soi-même. Elle fait partie de l'esprit d'enfance . Si vous ne devenez comme de petits enfants, vous n'entrerez pas dans le Royaume de Dieu (Mathieu, XVIII-3)...
Prier c'est laisser Dieu occuper l'espace de notre vie. Mais plus que la prière de demande, c'est l'action de grâce qui permet cela...elle nous met dans un état de dépossession qui nous libère de tout ce qui en nous et dans notre vie prend la place de Dieu...L'absence d'action de grâce dans nos vies est toujours une manifestation de notre suffisance orgueilleuse et une façon de mépriser Dieu et ses dons...
Si Dieu se donne en son Fils pour le salut de l'homme, si tout est grâce, la réponse première de l'homme ne peut être que la reconnaissance de ce don et l'action de grâce. Se mettre en présence de Dieu nous entraîne logiquement à exprimer cette reconnaissnce et par la à adopter l'attitude de foi que Jésus demande d'avoir dans la prière...C'est Lui (Dieu) qui nous met en sa présence et nous donne de nous adresser à Lui avec confiance...
Jésus, révélation et don de la grâce parfaite, est la révalation de la parfaite action de grâce rendue au Père dans l'Esprit Saint et réalisée dans le sacrifice de sa vie sur la croix, rendu présent dans la célébration de l'eucharistie. Lui seul est notre action de grâce. C'est Lui qui rend grâce au Père et les chrétiens ne le font que par lui, avec Lui et en Lui....
C'est dans l'acte même de sa mort sur la croix qui est offrande et action de grâce rendue au Père que Jésus nous fait don de son Esprit...
Chaque fois que nous participons à l'eucharistie et y communions, nous sommes envahis par l'Esprit. L'eucharistie est toujous une Pentecôte et, là plus encore que dans la prière personnelle, se vérifie la parole du Seigneur : ...Ce que vous demanderez au Père en mon nom, Il vous le donnera. Jusqu'ici vous n'avez rien demandé en mon nom. Demandez et vous recevrez et votre joie sera parfaite (Jean XVI, 23-24)..."
Le chapitre IV souligne le but de la vie spirituelle ..."C'est dans et par le baptême que l'Esprit Saint commence à nous identifier au Christ...En général, nous mesurons mal ce que le baptême a accompli en nous et pour nous...par le baptême, l'image du christ a été en quelque sorte gravée en nous, mais davatage à la manière d'une ébauche que d'une matière achevée. Notre existence se passe à collabore par la foi avec l'Esprit Saint afin de reproduire l'image du Fils unique...Ce qui est réalisé au baptême n'est jamais achevé et le but de la vie spirituelle est de permettre à l'Esprit de l'achever...nous avons sans cesse à devenir chrétien, c'est à dire à nous laisser imprégner et transformer par l'Evangile dans la logique de notre profession de foi..."
Le chapitre V indique comment se conduire conformément au Christ. "...Il s'agit de rechercher le Christ en toute chose et de vivre avec Lui en union de pensée, de désir, d'intention, de volonté.C'est une affaire d'amour au quotidien...La vie spirituelle consiste à progresser dans ce mouvement de désappropriation de soi, jamais acquis, jamais achevé...L'homme, tout homme, ne se trouve, ne se réalise, ne s'accomplit que par le don désintéressé de lui-même..
La vie spirituelle est soumise aux lois de l'enfantement. Elle est croissance. Malheureusement il y a parfois des avortements ou des suicides spirituels...elle est l'oeuvre de Dieu en nous. Elle est soumise à la loi du temps comme toute semence. Nous n'avons qu'à nous laisser faire...Certes, il ne s'agit pas d'une attente passive mais d'être la bonne terre qui produit trente, soixante, cent pour un...
Il y a des chrétiens dont le visage fait envie en raison de sa beauté. Il ne s'agit pas de la beauté selon les canons de la publicité mais de cette beauté que donnent la joie et la paix intérieure. Il paraît qu'à partir d'un certain âge on est responsable de son visage. Ce qui est sûr c'est que nous sommes responsables de la lumière que le Christ a allumée dans nos coeurs au jour de notre baptême et qui illumine toute notre vie? "Vous êtes la lumière du monde"...
Le chapitere VI insiste sur le fait qu'il n'y a pas de vie spirituelle sans humilité et renoncement à sa volonté propre.
L'auteur rappelle "qu'au nom de sa foi en Dieu seul et par fidélité au Père, Jésus s'est abaissé pour servir (cf Philippiens II-8)...ainsi Il révèle son être profond de fils mais aussi le véritable visage de Dieu. S'il est rejeté et considéré comme un blaphémateur, c'est parce qu'il révèle un Dieu qui ne correspond pas à l'idée qu'on se faisait de Dieu . Il fréquente des publicains et des pécheurs : Il devient une menace pour la religion, la loi, le temple. aussi sera-t-Il bafoué, lorsqu'Il avouera être le Fils de Dieu...Le Dieu que révèle Jésus ne domine pas et ne possède pas...C'est non-puissance, refus d'utiliser sa puissance à la manière des hommes...C'est la toute-Impuissance du calvaire qui révèle la vraie nature de la toute-Puissance de l'Etre infini...Dieu est puissance illimitée d'effacement de soi...
Il n'y a donc pas de vie spirituelle sans le renoncement évangélique à sa propre volonté.Le désir de se laisser guider par l'Esprit commande et détermine ce renoncement. Il revêt la forme d'une crucifixion puisqu'il s'agit de porter sa croix chaque jour...De fait, l'homme, chacun de nous, est assoiffé d'autonomie, de puissance, de possession. Autant de désirs, d'instincts,de passions qui s'opposent à Dieu et se traduisent en mépris des autres...
Certes, nous ne sommes pas tous appelés à ce sacrifice sous la forme d'un état de vie comportant la profession de pauvreté, chasteté et obéissance, mais nous sommes tous appelés à rechercher ici et maintenant les réalités d'en -haut en vivant l'apprentissage de la mort avec le Christ qui est la remise totale de soi à la disposition d'un Autre . "
L'auteur fait remarquer que ce renoncement "se garde du masochisme. Il s'agit de tout saisir dans l'amour de Dieu et d'aimer à la manière du Christ ou plutôt de Le laisser aimer en nous...Il est évident que le renoncement auquel nous sommes invités s'exprime avant tout par l'obéissance à la volonté de Dieu...L'obéissance nous garde de rêver notre vie, de sombrer dans l'illuminisme ou de la mener selon nos instincts et passions. Plus que tout, elle est un bon antidote aux errements de notre orgueil et nous éduque à l'humilité...Dieu ne peut rien faire avec nous si nous n'acceptons pas de recevoir, d'être humble ou pour reprendre une expression courante "de ne pas faire les malins". "Je te loue, Père, d'avoir caché cela aux sages et aux intelligents et de l'avoir révélé aux tout-petits".
...L'humilité se fonde dans la reconnaissance du don absolument gratuit de l'adoption filiale...Elle s'exprime dans une attitude de totale dépendance à l'égard de Dieu. La conviction que l'on a tout reçu de Lui et que l'on ne peut rien s'attribuer de propre si ce n'est précisément son néant et son péché. Dès lors nous ne pouvons que tout attendre de dieu comme des pauvres et des mendiants...L'humilité est une exigence de l'amour filial. Elle se développe dans cet amour. elle en est la manifestation...
"Si vous ne devenez comme des enfants". L'humilité vient du latin "humus". Comme une bonne terre elle est fondamentalement capacité à tout recevoir comme un don et d'abord sa propre vie..."
L'action de grâce "est un signe et un appel à l'humilité dans la reconnaisance de ce qui nous est donné. elle nous décentre pour nous rendre uniquement attentifs à Dieu, ainsi qu'à ses dons et nous établit dans la pauvreté..
Une autre piere d touche de l'humilité est la vie fraternelle. C'est vis-à-vis des autres que nous nous révélons humbles, par la reconnaissance de la dignité de l'autre, son écoute et l'accueil de sa différence, le refus de l'enfermer dans un personnage (), la disposition à recevoir de lui-même s'il m'est opposé, la confiance dans ses capacités et la reconnaissance de son droit à participer...
Nous n'avons pas à rechercher les humiliations, la vie quotidienne nous en offre suffisamment. Il s'agit de les vivre à la suite du Christ...si nous sommes fidèles au Christ, un jour ou l'autre nous serons comme Lui rejetés, mis à la mauvaise place, là où ne voudrions pas aller. que cela ne nous fasse jamais perdre confiance...
Le chapitre VII, rappelle quue la vie spirituelle est un combat.
...Il s'agit d'une lutte pour que l'Esprit domine en nous et pénètre toute notre existence...Nous ne pouvons faire l'économie d'un combat que Jésus a mené pour nous, qu'Il mène en nous et par nous aujourd'hui...L'argent, le pouvoir, le mensonge, l'accusation, la division, la destruction, toutes puissances hostiles au règne de Dieu et les forces de ce monde visent au premier chef cet homme particulier que Dieu choisit et met à part (le Saint), celui à qui Dieu révèle son amour en Jésus (le chrétien), et la réunion de ces hommes (l'Eglise). Elles s'attaquent à ceux qui dans le monde sont porteurs de l'Amour...
Contre Jésus Christ, toutes les puissance du mal ont atteint leur paroxysme puisqu'Il vient instaurer le règne de Dieu. Par sa mort et sa résurrection, Il en est victorieux...
Le combat du Christ se prolonge à travers les siècles dans la vie de l'Eglise et des chrétiens mais avec la certitude de la victoire...Ce combat appelle de notre part un engagement ferme, une option fondamentale, le choix de notre camp...Il s'actualise dans tous les choix particuliers dont l'objet immédiat est la relation aux autres ou l'usage des réalités terrestres..."
L'auteur insiste sur "les enjeux spirituels de notre vie quotidienne " et dénonce "l'anesthésie de consciences et la banalisation du mal, à telle enseigne qu'aujourd'hui on tend à séparer les aspects essentiels de l'homme de la totalité de la personne et que l'on réduit le corps humain à l'état d'objet..."
A SUIVRE...

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