du bon usage de la vieillesse
Il s'agit d'un témoignage d'une personne de quatre-vingt -quatorze ans, tiré de l'ouvrage de Renée DOVERGNE, intitulé "Ma joie et ma jeunesse au 3ème âge", publié en 1968, Edition S.O.S.
"...Il y a trois images qui représentent pour moi la meilleure vie .
1-Il y a longtemps que je compare le rôle des grands mères aux racines. Les racines disparaissent : et elles plongent, elles donnent la sève, mais elles disparaissent ...
C'est peut-être déjà une nécessité de la vieillesse ? Mais c'est une nécessité d'accepter : on ne peut pas être et avoir été. Il faut savoir être maintenant dans son état de vieillard et souvent je pense à la parole de Saint Jean-Baptiste : <<ll faut qu'ils croissent (au pluriel) et que je diminue...>>On diminue, mais on reste quand même.
2- Une autre image, c'est celle du trait d'union - ce que l'on appelle <<être le ciment >>. Pour moi, le trait d'union c'est d'être d'abord avec tous ceux qui nous entourent qui ont été les notres. C'est rester très proche d'eux.
Même maintenant où la correspondance est difficile, il y a quand même toutes les occasions de rencontre. Et s'il s'agit de mes tout petits-enfats, pour eux j 'ai encore de la correspondance : ils sont vingt-cinq , et à chaque fête, à chaque anniversaire, j'envoie une carte illustrée. Toutes sortes de cartes que l'on a la gentillesse de me procurer, depuis les Pimprenelles, les souvenirs d'Histoire de France, les autos de toutes marques, de toutes les époques, la faune, les reproductions de musée...Tout cela me met, à l'occasion, en rapport avec les enfants grandissants.
Traits d'union avec eux, mais aussi trait d'union entre eux. On reste le centre, un peu la tête, quand on devient la plus ancienne de toute la famille.; cela les rapproche de vous, et cela les rapproche entre eux. Mais je voudrais surtout être un trait d'union entre eux et Dieu. C'est cela le beau rôle des anciens.
3- La troisièmeimage, la plus belle, celle qui donne la sérénité aux vieillards, je l'appelle l'Aurore, cette aurore d'Eternité qui déjà doit rayonner sur nous, et peut-être à travers nous.
J'aime bien terminer ma prière du matin par la dernière strophe du Benedictus
<<Grâce à la miséricordieuse tendresse de notre Dieu...>>
Le Requiem a toujours l'air d'être quelque chose de triste, c'est pourtant le Requiem aeternam, le repos éternel qu'on demande au Seigneur et aussi la Lumière qui ne s'éteindra jamais!
Et l'hymne du Samedi Saint ! :
<<Puisse, notre dernier matin, dans un humble désir attendu, nous porter Sa grande Lumière, pendant que nous chanterons : Louange à Dieu le Père, Louange à son unique Fils, à l'Esprit Consolateur, maintenant...>>
Ce maintenant de la vieillesse que chaque jour nos donne encore, c'est déjà l'Eternité. Alors la vieillesse ce n'est pas triste.
C'est déjà un peu de cette joie que l'on chanera le jour de mes funérailles. J'emploie le mot de Pascal :
<<Pleurs de joie, pleurs de joie...>>Ce sera déjà des larmes du ciel, des larmes de joie."

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