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Blaise PASCAL ou le génie français d'après Jacques ATTALI : suite et fin.RAPPEL : Pascal organise sa démonstration : "D'abord chercher Dieu dans l'Histoire, puisqu'on ne peut inventer une expérience quprouverait Son existence... Dieu n'est donc pas démontable expérimentalement, mais par des témoins..Et pour le voir, il faut L'aimer ...Pour faire aimer l'idée de Dieu, il faut à la fois penser simple, comme le peuple, et penser vrai, comme les savants... Comment nommer cette pensée qui est au-delà de la raison? <<Par l'espace l'univers me comprend et m'engloutit comme un point, par la pensée je le comprends>>. Il cherche, hésite, essaie des mots...Rien ne le convainc vraiment...puis c'est l'illumination ...Il a trouvé : ce sera le mot <<coeur>> : <<On ne peut trouver Dieu que si on Le cherche de tout son coeur ...>>...la raison et le coeur se complètent :<< la conduite de Dieu qui dispose toute chose avec douceur, est de mettre la religion dans l'esprit par les raisons et dans le coeur par la grâce >>...seuls les gens de coeur sont raisonnables ... Le cadre posé, Il peut se mettre au travail. Il sait qu'il lui faudra beaucoup de temps pour en voir le bout... Naturellement, il lui faudra résoudre nombre de problèmes. A cette époque,trois le préoccupent plus particulièrement : -Ne croit-il en Dieu et en Jésus-Christ que parce qu'il est né dans un environnement chrétien? - Que penser du peuple juif dont Jésus est issu mais qui ne croit pas en lui? -N'est-ce pas se contredire que de vouloir la gloire en publiant un livre dont l'objet sera l'apologie de l'humilité?" Je dois avouer que la citation utilisée pages 349-50 pour répondre à la première question me laisse perplexe et je demande au lecteur en possession du livre d'Attali de m'éclairer : merci à l'avance! "Concernant la deuxième question, il faut résoudre la contradiction entre la centralité du peuple juif dans l'histoire de Dieu et son refus de Jésus Messie...En un temps où l'Eglise ne voit dans le peuple juif qu'un peuple déicide et lui dénie toute place spécifique dans l' histoire, il étudie la Bible, en latin et en hébreu (langue qu'il comprend mal) ... A la troisième question(), la réponse est simple : encore une fois, il ne publiera pas sous son nom, mais sous un pseudonyme... A l'occasion d'une conférence prononcée à Port-Royal en novembre 1658, "les Solitaires découvrent () que le peuple juif occupe dans la pensée de Pascal une place centrale, très différente de celle que lui prête la théologie catholique de l'époque. Peuple dont on a alors un peu oublié que les prophètes et la Bible sont issus, peuple gênant,à contourner, que l'Eglise estime remplacer, parce qu'elle se veut la nouvelle Jérusalem. Peuple gênant et donc à éliminer, à oublier,à nier, à exterminer. D'Origène au concile de Trente, le peuple juif disparaît peu à peu des écrits théologiques. Peuple déicide et donc maudit à la Sorbonne et à Rome, il devient chez Pascal -qui rejoint par là certains Pères alors bien oubliés de l'Eglise- un peuple témoin, nécessaire et sacré. le peuple dont Jésus est issu et dont la religion n'est rien d'autre que la préfiguration d celledes chrétiens. Là s'interrompt son exposé : il est trop malade pour aller plus loin... A partir de janvier 1659, il souffre davantage encore du ventre, de la tête, des dents.Surtout des dents. Rien pour calmer cette douleur qui ne lae quitte plus. A cette époque, alors qu'il est encore impossible d'éviter ou d'endormirles souffrances physiques, donner du sens au mal est une impérieuse nécessité. Pascal met alors la denière main à une magnifique Prière pour demander à Dieu le bon usage des mladies, commencée deux ans plus tôt.elle se développe comme une démonstration logique : l'homme doit remercier Dieu de lui avoir donné la souffrance en expiation de ses péchés, et doit s'en servir pour se détacher du monde et trouver Dieu. Bienheureux ceux qui souffrent, ils sont plus prêts de la vérité! Ce texte aura une immense raisonnance dans l'Eglise confrontée aux malédictions des malades.Et bien que Pascal ne soit pas accepté comme théologien orthodoxe, l'Eglise saura l'utiliser pour consoler et donner sens à la souffrance... Il n'a pas encore arrêté le plan précis du livre, mais songe à quatre grandes parties () ou bien deux seulement. Il note : <<Première Partie : Misère de l'homme sans Dieu. Seconde partie : Félicité de l'homme avec Dieu...>> ...Cette idée de l'homme perdu entre deux infinis - grand et petit - le hante. Il a rencontré ces infinis en mathématiques : l'infiniment grand -la ligne - , et l'infiniment petit -le point. Il a compris que le fini - l'homme - est une somme infiniment grande d'éléments infiniments petits - les atomes. Il a aussi retenu que l'homme est coincé entre deux doubles infinis, ceux du temps et ceux de l'espace. Il a fait le lien entre ces infinis théoriques et ceux, bien réels, que le téléscope et le microscope permettent maintenant d'appréhender...Ainsi, bien qu'à cette époque on ne sache encore rien de la structure de la matière, et qu'on ignore encore que des milliards d'étoiles peuplent des milliards de galaxies, Pascal en parle comme s'il n'ignorait rien de ce que l'astronomie, la physique et la chimie découvriront dans les trois siècles suivants : <<En voyant l'aveuglement et la misère de l'homme, en regardant tout l'univers muet, et l'homme sans lumière, abandonné à lui-même et comme égaré dans ce recoin de l'univers sans savoir qui l'a mis, ce qu'il y est venu faire, ce qu'il deviendra en mourant, incapable de toute connaissance, j'entre en effroi comme un homme qu'on aurait porté endormi dans une île déserte et effroyable et qui s'éveillerait sans connaître où il est, et sans moyen d'en sortir.>> ...S'il est un texte qu mérite d'être plus longuement cité, c'est le fragment, si célèbre, dit <<des deux infinis>>, écrit en 1665 lors de son premier séjour à Port-Royal, dont toute la pensée occidentale s'est ensuite nourrie et dans lequel le relativisme,l'existentialisme et bien d'autres écoles ont puisé : <<...Nous avons beau enfler nos conceptions au-delà des espaces imaginables, nous n'enfantons que des atomes au prix de la réalité des choses. C'est une sphère infinie dontle centre est partout, la circonférence nulle part. Enfin, c'est le plus grand (des) caractères sensibles de la toute-puissance de Dieu que notre imagination se perde dans cette pensée (...) Qu'est-ce qu'un homme, dans l'infini? ...Car enfin qu'est-ce-que l'homme dans la nature? Un néant à l'égard de l'infini, un tout à l'égard du néant, un milieu entre rien et tout, infiniment éloigné de comprendre les extrèmes, la fin des choses et leur principe sont pour lui invinciblement cachés dans un secret impénétrable (...) Il est également incapable de voir le néant d'où il est tiré et l'infini où il est englouti.>> A cette situation de funambule les hommes cherchent à échapper de mille et une façons : Certains par la raison, pour tenter de comprendre ce monde, arriver au bout des infinis, à toutle moins les sonder. mais c'est illusoire, car la raison est aussi incapable <<d'arriver au centre des choses >> que << d'embrasser leur circonférence>>. Elle se perd entre ces dux infinis qu'elle ne peut appréhender, car <<il ne faut pas moins de capacité pour aller jusqu'au néant que jusqu'au tout>>. D'autres renoncent à comprendre leur condition et se concentrent sur le bonheur terrestre. A cette fin, ils mettent en oeuvre une sorte de <<machine>>, une partie de l'homme qui le fait agir inconsciemment. Mais, là encore, ce n'est qu'une illusion, car l'homme est incapable d'être heureux. Même s'il obtient ce qu'il croit vouloir pour l'être, il ne s'en satisfait jamais et se met toujours en quête d'un autre objet. Il est donc toujours malheureux... Incapable de maîtriser le monde ou d'y trouver le bonheur, l'homme n'a plus alors qu'une seule solution : se divertir ( du latin divertere, s'arracher), faire de la vie un jeu pour ne pas penser à la mort. Tous lesdivertissements sont bons à prendre ; le pouvoir, les honneurs, la guerre, le bal, lachasse, le jeu de paume...jamais Pascal ne mentionne le sexe. Tout cela n'est qu'illusion, tout n'est que jeu, poursuite et non conquête... ...pour que le jeu donne toute sa mesure, l'homme a besoin de mettre en branle la pire partie de lui-même : l'imagination, << cette partie dominante dans l'homme, cette maîtresse d'erreur et de fausseté >>... Cette distraction vaut néanmoins mille fois mieux que le désespoir qui constitue la réponse des philosophes , ces <<demi-habiles>> dénonçant la condition humaine sans rien proposer en échange... Pour faire mieux, il faut avoir le courage d'affronter la solitude et ne chercher à y échapper qu'en allant trouver non pas d'autres humains, mais les traces que Dieu a laissé de Sa présence...Seul Dieu est une présence permettant d'échapper à la solitude. Aucune présence humaine ne permet de la combler. S'il le cherchait, l'homme pourrait entendre ce que Dieu, puis Jésus ont à lui dire. La rencontre avec Dieu ne peut passer, pense-t-il que par les Juifs...Tous les autres peuples qui prétendent avoir entendu Dieu leur parler, se trompent. De la Chine au Mexique, de la Grèce à l'Egypte, toutes les autres religons sont illusoires : car si Dieu existe, il est évidemment universel, et seul le Dieu des Juifs Se revendique comme tel. Il est le seul Dieu à Se dire non seulement unique pour Son peuple, mais également unique pour tous les hommes. Si Dieu est jaloux du peuple juif, le peuple juif n'est pas jaloux de son Dieu...les histoires amérindienne, égyptienne, grecque ou chinoise sont des mythes, car, dit Pascal, ces peuples n'ont ni livre sacré, ni témoins, ni martyrs morts pour défendre leur histoire. Ils ne sont là que pour nous aveugler et s'aveugler eux-mêmes... Le peuple juif, lui, a bien reçu un message direct de Dieu. Cela suffit à conférer à ce message un poids supérieur à celui de tous les autres, y compris de l'Islam dont Mahomet fut <<seul témoin>>. Les Juifs ne sont donc pas, comme le laisse alors dire le Saint-Siège, le peuple <<déicide>>, le >>rebut des nations>>, à écarter de l'histoire, mais d'abord le peupler témoin de l'Histoire sainte, par lequel Dieu a choisi de s'adresser aux hommes. Sa religion est <<toute divine dans son autorité, dans sa durée, dans sa perpétuité, dans sa morale, dans sa doctrine, dans ses effets.>>. Le peuple juif est <<historien unique contemporain>>, <<peuple sain>> et <<peuple de Dieu>>. <<Avantage du peuple juif (...) La loi par laquelle ce peuple est gouverné est tout ensemble la plus ancienne loi du monde, la plus parfaite, et la seule qui ait toujours été gardée dans un Etat.>>...Il faut donc croire les prophètes quand ils portent témoignage de la présence de Dieu et quand ils annoncent la venue d'un Messie...naturellement, ces messages prophétiques ne sont ni clairs, ni directs. C'est normal...C'est d'ailleurs à cause de cette obscurité du message prophétique que les Juifs n'ont pas reconnu le Messie lorsqu'Il est arrivé...Il ne faut () pas leur reprocher de n'avoirpas reconnu Jésus. Il faut même les en féliciter. Car c'est grâce à cela qu'ils sont les témoins insoupçonnables de l'historicité de Jésus. C'est grâce à sa mort que Jésus devient Messie...Ainsi la vérité historique du christianisme <<apparait par les Juifs et contre les Juifs>>. Jésus n'a rien fait d'autre qu'apporter la religion juive à tous ceux qui ne la pratiquaient pas : <<Pour montrer que les vrais Juifs et les vrais chrétiens n'ont qu'une même religion.>> ...Grâce à ce Messie, s'ils savent aimer, les hommes peuvent sortir de la violence et de la solitude. Il << vient dire aux hommes qu'ils n'ont point d'autres ennemis qu'eux-mêmes>>...De ce fait, <<l'homme (...) peut tirer sa <<grandeur>> (...) de sa misère, atteindre <<l'unique objet de l'Ecriture (qui) est la charité, qui seule permet d'être aimable et heureux (deux mots soulignés dans le manuscrit)Pour définir la charité, pascal la distingue de l'esprit et du corps : <<Tous les corps ensemble et tous les esprits ensemble et toutes leurs productions ne valent pas le moindre mouvement de charité. Cela est d'un ordre plus élevé.>> ...Jésus reviendra à lafin des temps, à un moment inconnaissable, pour juger tous les hommes...Il a rempli son rôle. Il a laissé les hommes. D'ici là, comment parvenir à aimer Dieu? C'est simple : l'homme doit détester tout ce qui est humain. il doit se haïr... C'est le rôle de l'Eglise, corps visible de Jésus-Christ, indépendante des nations et des pouvoirs laïcs, que de l'y aider :<<L'histoire de l'Eglise doit proprement être appelée l'histoire de la vérité>>. Alors, malheur à elle quand elle faillit à sa mission :<< Bel état de l'Eglise quand elle n'est plus soutenue que de Dieu!>> Malheur aux hommes aussi s'ils restent seuls face au vide de Dieu! Car parfois la raison l'emporte surle coeur, et l'homme ne parvient pas à se haïr :<< Ils sentent qu'ils n'en ont pas la force d'eux-mêmes, qu'ils sont incapables d'aller à Dieu et que si Dieu ne vient à eux, ils sont incapables d'aucune commnication avec Lui.>> Pour convaincre ceux-là, reste un ultime argument...c'est le si célèbre <<pari>>dont le titre réel (...) est <<Discours sur la machine>> :...<<Il n'y a point à balancer, il faut tout donner. Et ainsi, quand on est forcé à jouer, il faut renoncer à la raison pour garde la vie plutôt que de la hasarder pour le gain infini aussi prêt à arriver que la perte du néant.>> En fait, c'est aussi un texte sur les deux infinis, mais, ici, des infinis dans le temps et non plus dans l'espace. En risquant une quantité infiniment petite de temps (la vie), on peut en gagner une quantité infiniment grande (l'éternité). Pascal fait ainsi le lien entre salut et hasard, entre les probabilités et la grâce, deux notions qui l'ont tant occupé... Parier, c'est vivre dans l'antichambre de l'éternité." L'auteur insiste sur l'acharnement dont fait preuve le jeune Louis XIV, avide de pouvoir absolu, a obtenir la soumission des Jansénistes . En 1660 - sur l'initiative des jésuites - "Mazarin obtient des évêques de France qu'ils exigent la signature de tous les clercs de leur diocèse...d'un formulaire de soumission à la bulle d'Alexandre VII, c'est à dire la reconnaissance du caractère hérétique de l'oeuvre de Jansenius... Le 23 Avril 1661, le roi ordonne le départ des directeurs de Port-Royal, le renvoi des pensionnaires, et que ne soit pas accepté jusqu'à nouvel ordre ni novices, ni pensionnaires nouveaux"...La police envahit le couvent de Port-Royal des champs " du jamais vu ! Même les adversaires des jansénistes sont choqués.Le roi s'impatiente : pourquoi les signatures ne comment-elles pas?.. A Paris, à la mi-juin 1661, de nombreuses religieuses signent. Le janénisme parisien bascule tout entier à côté de l'ordre. A Port-Royal des champs, au contraire, c'est la mobilisation générale... Le 1er octobre 1661, par solidarité avec ses soeurs et contre l'avis de son frère (Blaise), Jacqueline signe : <<consentir au mensonge sans nier la vérité>>dit-elle. Mais comme elle l'avait indiqué, signer, c'est mourrir. Trois jours plus tard, à l'aube du 4 octobre, exactement à la veille de son trente-sixième anniversaire, on l'a trouve morte dans sa cellule...Blaise murmure : <<Dieu nous fasse la grâce d'aussi bien mourrir.>>" Vers le 20 Novembre, Blaise s'affronte chez lui aux responsables de Port-Royal enclin à signer. Comme dans la dix-huitième Provinciale, il s'attaque au Saint-Siège : "le pape n'est pas infaillible, on a le droit de dire qu'il s'est trompé en exigeant cette signature, tout comme il s'est trompé autrefois en condamnant les conclusions philosophiques de Galilée. Cette fois, il s'est plus gravement trompé sur un point majeur de théologie". Ses contradicteurs "l'accusent de vouloir provoquer un schisme. Il réplique que ce sont ceux qui ont signé- et avec eux l'Eglise entière- qui sont schismatiques..." Un ami lui propose de l'emmener en Amérique "y créer une communauté janséniste (...) Pascal hésite, puis refuse. Il est trop las, il ne souhaite plus que se préparer à mourrir. Sans rebellion. Mais parfois avec rage. S'ouvre à ce propos un débat qui déchirera l'Eglise et les historiens durant de siècles : Pascal a-t-il, avant de mourir, renié Port-Royal? ...Un jour de novembre 1661, Port-Royal lui annonce qu'on va lui restituer la dot de Jacqueline, comme convenu dans le contrat signé à son entrée dans les ordres. Plutôt aller en Enfer que toucher à cet argent ! Il se rappelle encore le mal que jacqueline a eu pour l'obtenir, contre lui. Alors, évidemment, l'utiliser pour les pauvres; mais comment? Surgit alors un projet qui lui permettra de créer avec quelques riches amis une entreprise capitaliste, dont il entend consacrer sa part au profit des pauvres... Cette entreprise constituera encore une fois une innovation : les premiers transports en commun dans une grande ville d'Europe "(Paris)..."il s'agit de faire gagner du temps aux <<petites gens>>. ... Le 3 août, il dicte son testament. Il demande premièrement à Dieu de <<lui pardonner ses fautes et colloquer son âme,quand elle partira de ce monde, au nombre des bien-heureux>>..Il s'en veut de ne pas posséder davantage pour l'offrir aux pauvres...Le 6 août, son mal de tête est tel qu'il s'évanouit...Les convulsions le reprennent. elles durent vingt-quatre heures. Il meurt le 19, à une heure du matin. Il a trente-neuf ans et deux mois.. <<Le dernier acte est sanglant, quelque belle que soit la comédie en tout le reste. On jette enfin de la terre sur la tête, et en voilà pour jamais.>> Dans la troisièmer et dernière Partie qui va de 1663 à 2000 intitulée LUMIERES, l'auteur évoque le sort que la postérité a réservé à Blaise Pascal. Dans le chapitre Mort et Résurrection, nous assistons à la multiplication des disputes entre <<pascaliens>> qui expurgent des manuscrits pas encore publiés tout ce qui les dérange. "...le moment est pourtant mal choisi pour de telles chicanes...Le 26 Août 1664...la nouvelle de l'irruption de la police à Port-Royal des champs fait scandale dans toute l'Eglise de France. On murmure contre le roi et contre le pape qui, pour une fois d'accord, veulent ainsi imposer une pensée religieuse unique. Pascal l'avait prophétisé dans cette formule :<< Lorsque l'on ne sait pas la vérité d'une chose, il est bon qu'il y ait une erreur commune qui fixe l'esprit des hommes.>> L'idée d'un schisme français, à tout le moins d'une rebellion ouverte contre Rome, grandit et se répand dans bien des paroisses.. Au cours de l'été 1668, un compromis est trouvé entre le roi, l'Eglise de France et Port-Royal...le souverain pontife proclame <<la paix de l'Eglise>>. Les jésuites y consentent en maugréant. A Paris,les jansénistes crient victoire... En janvier 1684...le jansénisme a perdu : on glorifie désormais la lumière, le soleil, l'ordre, la raison, la transparence, la logique, la nature, le progrès, la distraction, le luxe, l'orgueil, le bonheur et Descartes. On fuit l'intuition, l'ambiguité, la lucidité, l'introspection, la haine de soi et Pascal. Les intellectuels au service de la Cour dénigrent celui dont ils avaient jusque ici loué les Pensées. Fénelon et Malebranche le considèrent comme un amateur, un <<théologien de raccroc>>, un <<marchand de carosses>>. Quelques théolgiens de second rang sont chargés de le piétiner. Pourtant, sans le savoir, le pays est déjà largement et irréversiblement pascalien. Une partie des élites intellectuelles et financières s'intéresse à la vie intérieure, rêve d'émanciper la France de toute influence romaine, fonde la vie sur un scepticisme pessimiste et sophistiqué, et croit en la vérité, quelqu'en soit le prix. Ce qui compte dans les Lettres françaises - Molière, Racie, Boileau, La Fontaine, Mme de La Fayette, Mme de Sévigné, Bossuet, Perrault - , à l'exception de Descartes, Fénelon et Malebranche - , est largement pascalien.Tous ceux-là s'inspirent de sa langue, de sa technique littéraire, de son oeuvre fragmentée. <<la raison du plus fort est toujours la meilleure>>, écrit La Fontaine, dont tant de <<morales>>trouvent leur source d'inspiration dans le jansénisme... la fin du Roi-Soleil accélère celle du jansénisme : le vieux monarque ne veut pas mourir avant d'en avoir fini avec son plus ancien ennemi. Par un extraordinaire acharnement, et pour que l'Histoire ne retienne pas de son règne autre chose que sa propre gloire, il s'emploie à effacer la mémoire d'une famille et d'un écrivain... En 1707, (...) le nouvel archevêque de Paris (...) enjoint aux dernières religieuses de Port-Royal-des champs de signer le Formulaire " (condamnant le Jansénisme)...Par fidélité envers les directeurs de conscience morts dpuis quartante ans, elles persistent à refuser. On les excommunie : la pire sanction pour ces femmes qui ont voué leur vie à Dieu. Cela ne suffit pas à les faire céder. Aussi, le 29 octobre 1709, le lieutenant de police d'Argenson disperse-t-il ces ultimes résistantes dans d'autres couvents. C'en est terminé de Port-Royal, même si les dispersées s'obstinent à dire que <<quand on est bien uni avec Dieu, on trouve Port-Royal partout>>. Le vallon, qu'on nomme désormais le <<saint désert>>, devient un lieu d pélerinage où se rndent réguièrement tous ceux pour qui le jansénisme symbolise l'esprit de résistance. Le monarque déclinant enrage de cet ultime défi à sa porte...il ordonne d'éffacer toute trace de ses ennemis : le 22 janvier 1710, un arrêt du Conseil ordonne que même l'église et les bâtiments conventuels de Port-Royal des champs soient entièrement rasés. Pis encore : que les trois mille dépouilles qui, depuis cinq siècles, reposent dans l'église, dans le cimetière du cloitre et dans celui du dehors, soient exhumées, rendues aux familles quand on aura pu les trouver, à défaut jetées dans les fosses communes... le 8 septembre 1713, pour plaire au roi de France, le pape Clement IX rend la bulle demandée (Unigenitus Dei filius), qui condamne cent une proposition de Quesnel" sous prétexte qu'elles sont inspirées du Jansénisme. "Implicitement, le texte de cette bulle va beaucoup plus loin : il renforce le droit de censure de Rome sur tout texte théologique, en particulier sur toutes les traductions de la Bible enlaugue vulgaire, retirant aux évêques le droit d'interprêter les textes et réservant au seul pontife celui d'excommunier. C'est, déjà, une reconnaissnce tacite de l'infaillibilité pontificale qu'instituera le concile Vatican I e 1870. Ironie de l'Histoire : c'est à la demande du monarque fançais que l'Eglise de France se met sous les ordres du Saint Siège..." L'auteur souligne que le mouvement des Lumières, dont Voltaire, s'inspire en partie de l'oeuvre de Pascal. "Le 1er juillet 1733, dans un texte on ne peut plus célèbre, Voltaire écrit () : <<le misanthrope chrétien, tout sublime qu'il est, n'est pour moi qu'un homme comme les autres quand il a tort, et je crois qu'il a tort très souvent. Ce n'est pas contre l'auteur des Provinciales que j'écris, c'est contre l'auteur des Pensées où il me parait qu'il attaque l'humanité beaucoup plus cruellement qu'il n'a attaqué les jésuites.>> Soixante après sa mort, Pascal rencontre enfin un adversaire à sa mesure, une autre figure du génie français. Un misanthrope déiste se dresse face au <<misanthrope chrétien>>; ...Il y a du Pascal chez Robespierre : dans sa chasteté, sa rigueur, sa probité, sa fougue, sa passion pour sa soeur, son goût pour l'extrème. Il y en a aussi chez l'abbé Grégoire...A la fois disciple des jansénistes et des jésuites, Henri Baptiste Grégoire, né le 4 décembre 1750, nourrit sa longue traversée de la Révolution, de l'Empire et de la Restauration imprégné du jansénismeet de la passion pour l'auteur des Pensées. Son sort personnel reflète l'évolution de la place occupée par Pascal durant cette période troublée... Quand la Révolution éclate, il se range, comme la plupart des prêtres jansénistes, du côté des sans-culottes. Il collabore à l'élaboration de la Constitution civile du clergé, votée par l'Assemblée constituante le 12 Juillet 1790. A la même époque, fortement marqué parce qu'il a lu dans Pascal sur les Juifs, Gregoire s'attache à leur faire reconnaître la citoyenneté française... L'Abbé Grégoire participe à la mise en place de l'Eglise constitutionnelle, aboutissement, par certains aspects, du rêve pascalien, d'une Eglise rassemblant tous les fidèles autour de leur évêque, hors de l'autorité de Rome... ...la Restaurtion n'est pas tendre avec les jansénistes. Et la plupart des écrivains chrétiens du XIX ème siècle poursuivront Pascal de eleur vindict" comme Joseph de Maistre... "Pascal n'est pas loin de basculer dans le néant en compagnie des auteurs et penseurs régicides, quand les romantiques le sauvent : pour eux, il n'est pas seulement un grand écrivain, un grand mystique, c'est aussi un immense créateur... Par contre, Victor Hugo est trop optimiste, trop sûr de lui, il a trop foi en l'homme et en <<Quatre-Vingt-Treize>>, il croit trop au progrès pour apprécier celui qui dénonce la pourriture de l'âme humaine et affiche sa haine des utopies. Il fait donc silence sur Pascal... Tout au long du siècle, écrivains et penseurs vont se le disputer. Les premiers y voient le maître des moralistes, les seconds reconnaissent en lui leprince des sceptiques. chacun y trouve ce qu'il cherche... Pour Victor Cousin, Pascal parle aux sceptiques, c'est-à-dire aux hommes du XIXème siècle...Lui qui griffonnait, en marge de certains fragments, ses calculs sur la date du Déluge, n'aurait sans doute pas changé un mot à ce qu'écrit Ernest Renan en 1887 dans l'introduction de son Histoire du peuple d'Israel, ouvrage fondateur de l'histoire moderne des religions : <<...la tendance qui porte le XIX ème siècle à tout laïciser, à rendre civiles une foule de choses, d'écclésiastiques qu'elles étaient, est une réaction contre le christianisme; mais, en supposant même que ce mouvement aille jusqu'au bout, le christianisme laissera une trace ineffaçable.Le libéralisme ne sera plus seul à gouvernenr le monde. L'Angleterre et l'amérique garderont longtemps des restes d'influence biblique, et chez nous les socialistes, élèvessans le savoir des prophètes, forceront toujours la politique rationnelle à compter avec eux.>> Pascal rejoint alors Descartes au premier rang des philosophes français. Mais on veille à occulter sa foi. On ne voit plus en lui que le rationnel sceptique, et non plus le croyant. l'homme de la <<raison>>; le <<coeur >>, lui, a disparu... C'st la première Guerre mondiale qui rend à Pascal savérité.Car alors la <<raison>>explose sous l'absurde impact de obus et des bombes... Pascal retrouve alors toutes ses dimensions. Au sortir de la guerre, en ce moment de gloire impudente, qu'on appellera les <<Années folles>>, (...)Jacques Chevalier (qui sera vingt ans plus tard ministre sous Vichy), se risque à l'une de premières descriptions du <<génie français>> à partir de celui de pascal, comme un mélange d'idéal et de scepticisme, d'esprit de géométrie et d'esprit de finesse, de pragmatisme et d'absolu, decoeur et de raison... Pascal devient ainsi, au tournant des années 1920, une sorte d'icône national. Il commence même à supplanter Descartes au panthéon des gloires patriotiques...Bergson s'intéresse au Dieu de Pascal et rejette celui de Descartes, <<avatar moderne du dieu d'Aristote>>qui, dit-il, <<n'a rien à voir avec la religion, parce qu'il n'est pas susceptible d'être prié>>... Il faudra attendre l'après-guerre pour voir la psychanalyse et le marxisme s'intéresser à l'inventeur du <<coeur>> et de la dialectique. Et tenter à leur tour de se l'approprier. La psychanalyse le redécouvre quand Lacan s'intéresse à ses jeux de mots, à sa haine de lui-même, à ses réflexions sur la confession, à sa définition de la <<machine>> comme inconscient. Le marxisme, lui, ne prise guère ( ) la <<folie janséniste>>, et ridiculise l'analyse pascalienne de la société..<<.L'oeuvre de Pascal est même la plus sinistre entreprise de démoralisation et de décomposition de l'humain qui ait jamais été tentée : l'existentialisme contemporain n'en est que la caricature>> d'après Henri Lefebvre ! Le dernier chapitre du livre s'intitule Un génie universel. Je le trouve le plus tonique car l'auteur nous fait partager sa foi dans le destin universel de notre pays. Loin de toute revendication nationaliste, il s'agit d'un cri du coeur : il nous invite à aimer notre pays comme on aime un être cher avec ses qualités et ses défauts! On n'a pas à remercier Pascal! Dès les premières lignes, l'auteur nous met en garde : "Pascal ne parle jamais de la France, si ce n'est pour ironiser sur le caractère local de ses coutumes. Il n'est pas un amoureux de son pays, mais l'un de ses inventeurs, un pilier de son génie..." Or, depuis trois siècles, la France et le monde ont changé ! Pourtant "en ces temps de mélange et de transparence, de syncrétisme et d'universalisme, l'ensemble de la planête semble converger vers un modèle unique fait de démocratie anglo-saxonne, de divertissement hollywoodien et de commerce américain. Le génie de la France (bon et mauvais à la fois) n'est plus pour l'essentiel qu'un souvenir diffus, celui d'une histoire oubliée... personne n'identifie plus la France à l'enfant prodige du Grand Siècle. Et tout semble éloigner les hommes du XXIème siècle de Blaise Pascal : son mépris du monde, son refus d'être aimé, son obsession religieuse, son ascétisme, son apologie de la solitude, son amour de la pénitence, son aversion du divertissement sont étrangers à notre temps... Pourtant la France d'aujourd'hui reste l'héritière de ce passé. Aussi longtemps qu'il existera un pays portant ce nom, la gloire, l'absolu, l'universel en resteront les rêves; le christianisme demeurera l'une de ses dimensions majeures; le jansénisme y vivra à jamais sous d'autres noms : conscience, exigence, résistance, dissidences...On y verra s'opposer des projets et des rêves. Et Pascal, figure pivot du Grand Siècle, restera à jamais l'exemplaire incarnation du génie français. Comme lui la France s'estime à l'origine de tout ce qu'elle pense et ne cesse de s'autodénigrer. Comme lui elle se prétend guidée par la mesure et ne se nourrit que de passions extrèmes. Comme lui elle se sait éternelle, mais vacille au bord des gouffres. Comme lui elle est provinciale et ne rêve que de Paris. Comme lui elle ne jure que par l'ordre et ne vit qu'au rythme du hasard. Comme lui elle est capable de s'astreindre à toutes les rigueurs mais ne se rélèle que dans l'excès. Comme lui elle se vante d'être unique, mais vit plusieurs vies à la fois. Comme lui elle démystifie tous les puissants, mais vénère tous les princes. Comme lui elle se méfie des boulversements, tout en rêvant de les provoquer. Comme lui elle monttre toutes les audaces en science, et toutes les prudences en politique. Comme lui elle se méfie de toute influence étrangère sans poser les limites à son propre rayonnement. Comme lui elle a l'obsession de l'épargne, mais est capable de consacrer sa fortune à un projet de hasard. Comme lui, enfin, elle est un enchevêtrement de contradictions qui ne tient debout que par les mots... Pour Pascal, la qualité d'un texte se jauge d'abord à la précision du vocabulaire. Il faut chercher le mot exact, l'essayer, hésiter, raturer, y revenir, jusqu'à le trouver et à la fin s'y tenir... Pascal fixe ensuite trois règles simples pour que la phrase <<naturelle>>communique un message efficace : elle doit être courte, symétrique,et contrastée... Les trois règles applicables à la phrase s'appliquent au texte lui-même. Pour être naturel, un texte doit être court, symétrique et contrasté... Rien de cela n'est le fait du hasard, Pascal sait fort bien qu'il invente ainsi une façon d'écrire... Ces trois règles du style naturel (brièveté, symétrie, contraste) sont aussi au moins importantes que celles qui gouvernent le théatre classique (unité de temps, de lieu et d'action). Les une et les autres portent sur l'art de séduire par la pureté; de transformer la raison en instrument d'expression du coeur; d'évacuer (au moins en apparence) toute sensualité pour faire vibrer les mots comme des cordes tendues. En ce sens, on peut dire que la langue française est janséniste. Et c'est donc à l'occasion du jansénisme et par la plume de son génial défenseur qu'elle trouve son universalité." Face à la prolifération en cours des moyens de communication de masse, dont l'Internet, l'auteur lance un cri d'alarme : " Dans cet enchevêtrement de langues, de messages et de technologies, le français pouuait disparaître de plusieurs façons contradictoires. D' une part, comme les parlers celtiques, du fait de son invasion par d'autres langues, si rapide qu'il ne serait plus capable de les assimileret qu'il y perdrait son identité... D'autre part, comme le latin en se subdivisant en plusieurs branches... Enfin parce que l'affaiblissement de la France entraînerait inéluctablement celui du français. La France est l'un des rares pays dont l'identité est inséparable de la langue. Et à force de céder à d'autres instances toutes les compétences jusque là dévolues à l'Etat, de renoncer à défendre sa littérature, son cinéma, sa culture, sa science, sa diplomatie, elle pourrait finir par perdre le désir et les moyens de défendre sa langue. .." Il faut "faire en sorte que le monde ait envie de lire des auteurs français, de voir des pièces françaises, d'écouter des chansons françaises, de voir du cinéma français, de s'merveiller de la grandeur de cette langue et du pays qui la parle. Une langue n'est rien sans la splendeur de ceux qui l'utilisent. Le Grand Siècle n'aurait pas existé sans Pascal; pas non plus sans Roi-Soleil. Enfin l'auteur insiste sur le fait que Pascal aide à cerner la spécificité du génie français. Il précise : "...comprendre ce génie à travers l'oeuvre d'un écrivain permet de lui rendre sa fragilité, sa relativité. En particulier, à travers l'oeuvre de Pascal, le génie français apparaît comme ambigu, complexe, contradictoire, fait d'un mélage de raison, d'insoumission et d'universalité : la France est plus pascalienne que cartésienne... Aujourd'hui, ce génie universel, cette passion de plaire, de sésuire, de se donner en exemple sont menacés de voler en éclats par la fascination qu'exerce, dans le monde et en France, l'autre modèle universel, l'américain. Reste alors à vérifier si, comme au temps de Pascal, le pouvoir des mots suffira à contrecarrer et à inverser les mots du pouvoir. Pascal est le premier <<intellectuel >> au sens que l'on donne aujourd'hui à ce mot. Parce qu'il est le premier dans la France moderne à avoir mis son art d'écrire au service d'une action politique, sans pour autant devenir un acteur du pouvoir. De l'intellectuel, il donne d'abord, comme par inadvertance, la meilleure des définitions : celui qui ne doit jamais dormir.... L'intellectuel est celui qui cherche, traque démystifie, révèle les raisons cachées. Pour démontrer que les plus petites <<raisons>> ont parfois de grands <<effets>>, selon les mots de Pascal... L'intellectuel est aussi celui qui doit dire la vérité, quoi qu'il en coûte...Il doit oser poser les questions qu'il n'est plus - ou pas encore - à la mode de poser, et que le divertissement voudrait faire oublier. Il doit être prêt à mourir plutôt qu'à mentir, à s'opposer à la raison d'Etat au péril de sa vie, à vivre en contrebande, sa tête mise à prix. Il doit être prêt à affronter le pouvoir lorsqu'il est confié à des gens qui ne le méritent pas...Mais il doit savoir qu'il ne combat pas sur le même terrain que les politiques. Face à la vérité, la violence ne peut rien, écrit Pascal à la fin de la douzième Provinciale, comme la vérité ne peut rien contr la violence. Elles sont de nature différente...Il doit admettre qu'il n'y a pas de vérité absolue et que l'on peut sortir d'une erreur pour tomber dans une autre...Il sait que la violence menace d'abord les marginaux et les peuples dont la vérité est différente et d'abord le peuple juif, qui le fascine et dont, à trois reprises, il prédit l'extermination... La politique doit () se réduire à dire la vérité au peuple, à ne pas lui nuire et à accepter la diversité... L'intellectuel ne doit donc pas craindre de soutenir un pouvoir juste si celui-ci a besoin d'utiliser la force pour se protéger contre les ennemis de la justice... Mais aujourd'hui que la politique s'éfface devant le marché, les mots peuvent-ils encore orienter ou seulement infléchir les grands forces qui façonnent la condition humaine? L'intellectuel peut-il, par la seule puissance de son verbe, protéger la dignité humaine, étendre sa liberté?" Suit une réflexion sur "les nouvelles raisons de s'intéresser à Pascal". I l dégage l'unité qui caractérise l'oeuvre de Pascal : "Toute personne humaine est carctérisée par une <<existence>>, une <<situation>> et une <<conscience>. elle est confrontée à un ensemble d'<<infinis>>et doit prendre des décisions pour survivre... Tous les progrès ds sciences, depuis l'époque de Pascal, ont consisté à mieux cerner ces frontières entre <<existence>>, <<situation>> et <<conscience>> dont l'analyse occupe l'essenteil des Provinciales et des Pensées. Ce que l'homme ne sait pas de lui, il le nomme <<inconnu>>; s'il s'y résigne, il l'appelle <<situation>>; s'il essaie de le réduire, il le mesure ou le nomme <<hasard>> et <<probabilité>>. Et Pascal a travaillé à réduire le champ de l'ignorance... Les découvertes les plus récentes de la génétique conduisent à réduire le champ de l'<<existence>> et de la <<conscience>> et à élargir celui de la <<situation>> comme Pascal en avait l'intuition... On pourrait () penser que le désir d'être libre oucelui d'être heureux ne sont pas seulement la manifestation de la <<conscience>>, mais aussi le résultat d'une <<situation>>, d'une prédétermination extérieure à la volonté, d'un désir génétiquement déterminé : le désir de liberté ne serait pas un choix de liberté.. Toute personne humaine () définie par ces trois dimensions ( existence, situation , conscience) doit survivre dans un environnement lui-même défini par trois dimensions : l'espace, le temps et l'esprit. Et qui, en conséquence, s'inscrit à l'intérieurde trois couples d'infinis (infiniment grand et infiniment petit) : les deux infinis de l'espace (l'infiniment petit, l'atome, et l'infiniment grand, l'univers, sujets du célèbre fragment sur les deux infinis); les deux infinis du temps (l'instant et l'éternité, qui constituent les deux principaux sujets des Pensées); et les deux infinis de l'esprit : l'inconscient (la <<machine>> dit Pascal) à l'intérieur, l'<<imagination>> (ainsi nommée par Pascal) à l'extérieur. Le propre de la personne humaine est d'avoir conscience de la finitude de sa situation dans l'immensité des six infinis dans lesquels elle s'inscrit. Et d'en avoir peur. ...L'idée de péché originel est () mesure de la conscience prise par l'homme de sa propre imperfection, de ses limites, de sa petitesse au milieu des infinis. le péché est métaphore de la distance qui le sépare de son idéal, voyage aux confins des trois infinis... L'auteur nous propose de méditer ce texte magnifique : <<Tout ce qui doit retourner dans le néant, le ciel, la terre, son esprit, son corps, ses parents, ses amis, ses ennemis, les biens, la pauvreté, la disgrâce, la prospérité, l'honneur, l'ignominie, l'estime, le mépris, l' autorité, l'indigence, la santé, la maladie et la vie même, enfin tout ce qui doit moins durer que son âme est incapable de satisfaire le désir de cette âme qui recherche sérieusement à s'établir dans une félicité aussi durable qu'elle-même.>> Le propre de l'homme est donc de refuser la finitude, de vouloir assurer la maîtrise de la <<conscience>>ur l'<<existence>>et la >>situation>>, d'éloigner sans cesse les limites qui l'enferment ans l'espace, le temps et l'esprit. C'est à dire d'affronter l'illimité.Et, puisque Dieu est dans les infinis, d'affronter Dieu. ...l'homme cherche () à agrandir son espace (par les voyages), à explorer son esprit (par la psychanalyse) et à maîtriser le temps qui lui est donné sur le terre, qu'il nomme <<l'avenir>> (par la prédiction). C'est dans le combat contre les limitesdu temps que l'homme met l'essenteil de ses forces. Les quatrefaçons de reculer les limites du temps que Pascal a explorées sont les seules dont nous disposions aujourd'hui, les seules auxquelles nous recourions encore : croire en la possibilité de devenir illimité, ne pas penser à sa finitude, l'assumer, enfin tenter d'écarter les limites... La première réponse des hommes à la peur de la finitude du temps a été - et reste encore - de chercher l'éternité par la reproduction de l'<<existence>> comme toute espèce vivante, ce que Pascal a refusé pour lui-même; puis par la recherche de l'éternité de la <<conscience >> . D'abord par la foi en la réincarnation, ou encore en un Paradis des consciences. Pour cela, il lui faut croire - c'est le pari - en un Dieu qui englobe les trois infinis. Un Dieu qui sache tout de l'espace, du temps et de la conscience; qui sache tout du hasard. Un Dieu infini qui transmet à l'élu son infinitude. Un Dieu dans lequel l'homme rêve de fondre sa finitude après sa mort. Mais le Paradis est aujourd'hui de plus en plus flou. Et même contradictoire : s'il est le lieu de satisfaction des désirs, il est amoral; mais, s'il est moral, il élimine les désirs, y compris de retrouver les proches, il est de ce fait un lieu d'amnésie (pas de désir sans mémoire), un lieu de néant, et nul n'a envie d'y aller. Aussi l'idée d'espérer l'éternité dans la communion avec Dieu ne satisfait plus tous les hommes. L'homme peut aussi chercher à être éternel simplement dans la mémoire des générations futures...Depuis l'Egypte ancienne, obtenir que son nom soit pronocé parles générations à venir est un gage d'éternité... La deuxième réponse à la peur de la finitude - celle qui domine aujourd'hui - c'et tout simplement de tout faire pour ne pas y penser... Pascal a () vu avant tout le monde la place qu'allait occuper le divertissement dans la modenité...le narcissisme autiste, une sorte de <<Aimez-vous les uns sans les autres>>. L'auteur avance une nuance concernant le spectacle des oeuvres d'art, en particulier la musique : "elle n'est pas seulement un divertissment ; et, par le divertissement même, elle atteint parfois à la transcendance. Par elle, l'homme démontre que, même lorsqu'il se contente d'être le plus futile, il ne pense qu'à son éternité"... La troisième réponse moderne à la finitude n'a pas échappé non plus à Pascal. elle consiste à se résigner à vivre à l'intérieur de certaines limites, à accepter lucidement la finitude, à ne pas se battre, à organiser le repos,l'arrêt, le refus du désir, la sérénité, le voyage intérieuret l'immobilité extérieure, à trouver un autre usage du temps...Pascal () rejoint très précisément les quatre méditations du boudhisme (réflexion, sérénité, indifférence, pureté d'attention), cette philosophie dont la morale est souvent si étonnamment proche de la sienne... Enfin, l'ultime réponse à la finitude consiste, après avoir reconnu son existence, à tenter d'en reculer les limites...Là encore, Pascal a indiqué toutes les voies que la modernité explore aujourd'hui... Pascal ne peut s'empêcher ...de glorifier la science () qui fait reculer la finitude et la mort sans pour autant laisser croire que l'ignorance puisse disparaître, que la prédétermination puisse être entièrement démasquée, que le destin puisse s'éffacer derrière la liberté...Car connaître les limites permet de lutter contre la fatalité et le destin, de réduire la place de Dieu dans la vie terrestre, sans s'occuper de son rôle dans l'au-delà. De réduire son influence sur l'existence, et non sur la conscience." L'auteur énumère des pistes : le travail et la médecine qui permetent de prolonger la vie humaine, l'art de décisions rationnelles qui peuvent réduire les incertitudes, la mise à jour future d'un profil génétique pour connaître le cours prévisible de chaque existence.. ".Enfin l'homme tentera de transformer l'être vivant en un artefact reproductible indépendamment de la sexualité : un clone. Cela lui permettra de rêver de vivre plusieurs vies l'une après l'autre... Au-delà, l'homme continuera de chercher l'éternité de la conscience, la seule qui préoccupait Pascal." D'après l'auteur, au-delà du clonage de l'exitence, on peut imaginer le clonage de la <<situation>> : "cela supposerait de pouvoir revenir au moment de la naissnce de l'original, c'est à dire qu'il impliquerait une réversibilité du temps..."cloner la conscience d'un être signifierait () cloner aussi l'Universet le Temps, tels qu'ils sont perçus par cet être. Pascal, qui avait, avant d'autres, montré que changer de point de vue c'est changer d'être, aurait eu beaucoup à dire de cette multiplication des univers d'un être à l'autre... Et puis, en désespoir de cause, dans cette philosophie de l'effroi,le sourire...ce qu'il y a de meilleur à partager avec les autres, le plus sérieux défi lancé aux dictateurs, le meilleur juge de la qualité d'une oeuvre d'art, l'ultime preuve de vie. Telle est l'ultime leçon du génie de Pascal et celui de la France : toute occasion de sourire est bonne à prendre. De sourire aux éclats. Encore et encore. De la dérisoire splendeur de l'humanité". Merci encore à l'auteur ne nous avoir permis de nous introduire dans l'intimité d'un génie. Je vous souhaite de lire à votre tour cet ouvrage, et de vous plonger, comme je vais essayer de le faire , dans l'oeuvre de Blaise Pascal. Rendez-vous à la rubrique commentaire ? Merci à l'avance de nous faire profiter de vos réflexions!
Article ajouté le 2008-05-12 , consulté 37 fois CommentairesLiensVoir les articles de la catégorie " Philosophie "Afficher une version imprimable de cet article Retour aux articles |
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