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L'héritage de Henri iv est toujours d'actualité...dixit BayrouJe me propose de vous faire partager quelques idées fortes trouvées dans la conclusion du livre de 535 pages, publié en 1994 chez Flammarion, par François BAYROU, alors ministre de l'Education Nationale, sous le titre :"Henri IV le roi libre". L'auteur dégage l'enjeu de ce règne exceptionnel qui met un point final au cauchemar qu'a vécu le royaume à l'époque des guerres civiles dites de religions : "Si la marque fut si profonde, c'est que, pour une fois, en histoire, l'essentiel était atteint. Un projet politique qui ne se limitait pas à la prise du pouvoir fut proposé et mis en oeuvre. Bien entendu, comme une oeuvre humaine, non théorisée, par un système : une entreprise de vie, avec ses faiblesses et avec ses manques, à l'instinct et parfois en hésitant. Mais, la libération des vieux démons, l'entrée dans une ère nouvelle, où un peuple cesse de se détruire pour commencer une nouvelle journée"... L'auteur enfonce le clou :" Rien n'est plus moderne, plus novateur, que la politique de redressement qu'Henri conduisit avec Sully. Pour la première fois dans notre Histoire, un pouvoir a conçu le projet de bâtir pour le long terme une politique fiscale, économique, diplomatique, une politique d'équipement du pays, une politique de redressemnt moral et intellectuel, une politique d'éducation. Mais rien de cela n'aurait été possible sans réconciliation préalable. Et la condition même de la réconciliation , c'était la reconstruction morale de la France. Arracher l'Etat, autant qu'il était possible, au clan auquel il avait donné sa complaisance et sa complicité. Le replacer en position d'arbitre. Faire entrer les convictions religieuses, autant qu'il était possible au XVI ème siècle, dans la sphère du privé, de l'appréciation, de l'adhésion et de l'engagement personnels. Aucun chemin n'était plus long que celui-là. C'est que la société toute entière s'était construite autour du principe monarchique et religieux. Tout procédait du roi et le roi procédait de Dieu. Une atteinte à Dieu n'était pas seulement troubles pour les croyances. Elle était attentat contre l'ordre du monde et l'architecture sociale. C'est pourquoi la définition, et, plus encore, l'application de l'Edit de Nantes faisait faire à la France un pas décisif vers la modernité, non pas seulement des libertés individuelles, mais d'une autre conception de la société. L'état moral de la France n'était pas une conséquence des troubles. A partir d'un certain moment, c'était devenu le siège même du mal. C'est de cette tumeur là que désormais partaient les métastases. A ce mal moral, Henri donna tout son soin. Il fallait donner au peuple déchiré un projet commun, tisser à nouveau les liens profonds, rendre les Français parents les uns des autres. Cette renaissance ne pouvait s'accomplir que si le roi acceptait le seul matériau qui constitue les peuples, et qui est spirituel. Il le fit dans l'ordre religieux et dans l'ordre de la guerre. Car c'était un signe de même ordre que de donner à la patrie le sentiment d'une menace commune... L'auteur insiste sur l'ampleur de la tâche entreprise : "Il fallut () une certitude imperturbable, celle que rien n'était écrit à l'avance, qu'aucun rapport de forces, aussi établi fût-il, ne pouvait arrêter une voloné qui voit juste. Dans la guerre, comme dans la paix retrouvée, dans la décision symbolique, comme dans le choix économique, il suffit de scruter l'histoire d'Henri pour comprendre que l'histoire n'est pas écrite : elle fait leur place, s'ils le veulent, aux acteurs citoyens. Lorsqu'elle les adopte, elle devient bienveillante à leurs desseins, elle se fait généreuse et prévenante. Il ne s'agit que de la séduire et de l'emporter..." Nul doute que cette conviction a été celle du candidat Bayrou aux présidentielles dont le score de 17 millions de voix au premier tour a dû être un encouragement formidable pour poursuivre sa quête de la magistrature suprême. D'ailleurs, il souligne la principale qualité nécessaire au postulant : la force de caractère! "...Mais il y eut, à cette aventure, une condition nécessaire. Une seule clé pouvait rendre possible l'impossible, la plus difficile à acquérir, celle aussi qu'il faut payer le plus cher : la liberté intérieure...L'ennemi intérieur menaçait davantage (que les ennemis acharnés à la perte de son oeuvre). La blessure d'enfance, la solitude, la peur du combat, la recherche du compromis facile, le confort des cours séductrices, la soumission à l'ordre maternel, le charme des victoires, la science des conseillers, l'émotion du cercle amical, tout était invite au renoncement. Il fallut à Henri une étonnante force, sans jamais de cesser de rire au visage de chacun de ses adversaires, sans jamais cesser de leur faire des politesses, de leur tirer son chapeau en criant <serviteur>, pour ne rien céder d'essentiel..." L'auteur en arive naturellement à justifier le titre de son livre : "Il ne fut roi que parce qu'il avait gagné d'être libre. Libre à l'égard de sa vie et de ses soufrances, libre dans l'étiquette de la cour, libre de la peur de l'ennemi, libre au combat de refuser la haine, libre dans la victoire de sauver l'adversaire, libre de dire oui à Henri III, de choisir comme il l'entendait la messe ou le temple et aussi ce qu'il devait croire de l'un et de l'autre. Libre, à l'égard de ses partisans eux-mêmes et de cette fatalité qui veut que, vae victis, malheur aux vaincus, le clan victorieux reprend aussitôt la place, les habitudes, et jusqu'aux turpitudes du clan défait. S'il n'avait pas refusé cette loi, la France ne se serait pas réconciliée." L'auteur insiste sur la qualité la plus sympathique d'Henri IV : la bonté : "...Jamais roi, jamais souverain n'eut à ce point l'intimité de ses contemporains, ni Saint Louis qui était trop juste, ni Napoléon dont les horizons étaient trop lointains. Lui, comme un alchimiste de son temps, avait transformé en amour toutes les peines et toutes les angoisses, non pas en amour grandiloquent qui s'ampoule ou joue le bon camarade en tapant sur le ventre. Simplement, il avait cette qualité d'indulgence qui voit l'être fragile derrière les gestes les plus ridicules, les plus méchants ou les plus solennels. C'est pourquoi, sans doute, il aura traversé le temps, en méritant d'être dit <bon>." L'auteur en arrive à poser la question essentielle : en quoi l'aventure menée par Henri IV peut-elle nous concerner à notre époque : "...Il nous dit que rien n'est loin de rien, que l'histoire des hommes a d'étonnants ressauts, que nous aussi nous épuisons en guerres intestines. Il nous dit surtout que rien ne serait pire, et davantage voué à l'échec, que d'inventer le monde d'hier...Il nous dit qu'aucune réconciliation n'est impossible pourvu que les hommes publics acceptent de sortir de leurs livres et de leurs rapports, de leurs jeux de cour, acceptent de s'affranchir des clans et de la coutume. Et que la réconciliation, c'est le premier acte de la renaissnce..." L'auteur insiste sur la similitude entre les défis qu'a dû relever Henri IV et ceux qui nous attendent à l'orée du troisième millénaire : "...La page qui se tourne pour l'humanité est précisément celle qu'Henri IV commence d'écrire. Le défi qui lui était proposé était de la même nature que le nôtre : un changement d'ère. L'irruption de l'imprimerie dans l'ordre médiéval fut un séisme. Elle rendit les oeuvres de l'esprit, et d'abord l'écriture, accessible au plus grand nombre. En quelques décennies l'autorité traditionnelle, celle de l'Eglise et des clercs, s'en trouva remise en cause, l'unité religieuse de l'Occident déchirée, la représentation ancienne du monde modifiée, autant qu'elle le fut par la découverte du continent américain. Cinq siècles plus tard, nous retrouvons la même crise. La télévision nous rend spectateurs instantanés de tout ce dont nous étions lecteurs. Les médiatoions anciennes, et le pouvoir qui en découle, en sont court-circuités. L'infiniment grand, les milliards de galaxies, les trous noirs et l'infiniment petit, les particules et le virus, l'univers en forme d'énigme, où nous ne trouvons qu'une chose avec certitude, l'absolue indifférence des éléments, boulversent notre lecture du monde, jusqu'à la rendre chaotique. Ces deux crises sont parallèles. Et, comme au temps d'Henri IV, nous n'avons que nos forces d'homme pour y répondre." L'élan qui soulève le dernier paragraphe devrait nous revigorer en soulignant la grandeur du combat politique : . "Faire sortir un nouvel ordre du chaos : cette entreprise, qui paraît démesurée, occupera le siècle qui vient. Elle touche à ce qui fait le centre de la vie des hommes : non pas seulement la gestion, ni la consommation, ni la domination ; elle touche au spirituel, à l'identité, à la volonté de vivre ensemble, de construire pour les partager, des espaces communs , préservés des passions dévorantes. Sa réussite dépend d'une condition préalable : ne pas nous résigner aux enchaînements qui paraissent inéluctables, ne pas oublier que, dans les immenses mouvements télluriques où nous sommes pris, devant le déchaînement des forces obscures, c'est nous, où nous sommes, princes de Navarre du XVI ème siècle ou citoyens du XXI ème siècle, qui sommes appelés à faire l'histoire, à réconcilier les contraires, à inventer les nouveaux monde." Je vous souhaite une bonne lecture de l'ouvrage et vous vous donne rendez-vous à l'horizon 2012 en espérant que de telles réflexions aideront à alimenter le débat-citoyen! Article ajouté le 2007-07-27 , consulté 62 fois Commentairesgeorges andré le 12/08/2007 à 17:54:08très bien le blog voici un annuaire de site sur bayrou adresse:http//annuaire.audiencestv.com GA LiensVoir les articles de la catégorie " Questions de société "Afficher une version imprimable de cet article Retour aux articles |
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