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  • Mis à jour le 19-08-2008
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vive la révolte

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Il s'agit de notes prises lors de la lecture en cours du dernier livre d'Edgard PASANI, paru au Seuil. Il a pour sous-titre , "un vieil homme et la politique".Cet ancien ministre, en particulier de l'agriculture, de De Gaulle et de Mitterand, grand commis de l'Etat en voie de disparition, avec le triomphe d'un néo-libéralisme débridé,  nous fait part de son expérience et de ses réflexions pour nous aider à mieux nous insérer dans le monde en gestation.

Il met en exergue une citation d'albert CAMUS :

" La révolte se fonde sur la foi dans les valeurs humaines, c'est à dire qu'elle suppose un <<oui>> préalable au <<non>>;

la révolution, elle, part de la négation absolue et se condamne à toutes les servitudes pour fabriquer un oui rejeté à l'extrémité des temps".

Dans la 2ème partie intitulée comprendre, l'auteur "expose des choix "conceptuels" devant lesquels tout programme, tout individu se trouvent placés".

Ainsi, pages 48-49, il évoque deux défis peu abordés, hélas, en cette période de campagne présidentielle : quelle attitude adopter à l'égard de l'Afrique et le monde musulman ?

"L'Afrique subsaharienne serait notre grande tâchesi nous, Français, avions été et étions capables d'oublier nos intérêts coloniaux ou postcoloniaux, nos souvenirs, et savions y travailler en vrais partenaires en quête d'un développement qui ne soit pas que croissance. Nous y agissons souvent encore comme si nous y avions des droits historiques. Prenons l'Afrique telle qu'elle est avec ses centaines de millions d'habitants, ses millions de sidaïques, ses innombrables mal-nourris, ses dictateurs corrompus et insatiables, sa jeunesse perdue, son penchant pour la violence; prenons aussi ces êtres humains liés à la nature, ces femmes qui portent le continent sur leurs épaules, ces enfants innombrables qui font la guerre parce qu'on ne leur propose rien d'autre; prenons ce continent qui, pourvu qu'on le respecte et le cultive, a des ressources à suffisance. prenons tout cela et faisons  en sorte que dès demain,et sur le long terme s'esquisse une politique, se conçoive et se réalisent des projets; apportons-y nos savoir-faire, amenons-y nos médecins, nos experts, nos entreprises, restaurons les systèmes de recherche et d'enseignement, car il n'y a rien sans cela. Aidons les Africains à élaborer un programme, un véritable pacte qui définisse les engagements et les règles du jeu. Au-delà d'une remise de dette et de grands travaux, faisons que se dégage une vision dont les Africains deviennent responsables, les acteurs, les bénéficiaires. Faisons que l'Afrique soit enfin elle-même. Quelques soient les coûts de son développement, nous en serions les bénéficiaures car il vaut mieux avoir un voisin autonome et en développement qu'un voisin en désarroi."

Quel(le) candidat(e) à la présidence de la République tient ce type de language que tout citoyen est capable de comprendre?

Concernant la situation du monde musulman, le message est clair :

"L'Isam moderne est sans doute en train de naître d'une succession d'évènements qui donnent à une communauté immense des raisons de croire que le monde occidental en a après elle et que le temps est venu de retrouver la grandeur : l'agression contre le "World Trade Center" par un réseau d'islamites a constitué un évènement immense, épique et qui se prolonge : poursuivies avec acharnement, ses cellules ne cessent de recruter. Elles défient les Etats-Unis qui, sous prétexte de les éliminer, déclarent la guerre à l'Afghanistan et à l'Irak. Les américains imaginent une expédition punitive et un accouchement démocratique, ils ont à conduire un vrai conflit, ils découvrent que les grandes puissances ne peuvent venir à bout de guerres des peuples, ils découvrent qu'il n'y a de démocratie qu'endogène. Ils découvrent l'ambiguïté pourtant prévisible du général Musharraf et du Pakistan, l'indéchiffrable labyrinthe de l'Afghanistan, les insondables capacités de l'Iran. Ils en sont là, quand démocratiquement conduites, les élections palestiniennes portent au pouvoir leur pire ennemi. Ils acceptent sans broncher qu'Israël ouvre un conflit parce que l'un de ses soldats a été prisonnier dans la bande de Gaza . Ils acceptent le fait que , sans désemparer, Tsahal attaque le Liban et que , sous prétexte d'exterminer les terroristes,il sacrifie des populations innocentes. Le désordre irakien qui dure, l'Iran qui défie, l'Afghanistan qui revient à un passé honni, les élections palestiniennes dont on s'arroge le droit de contester les résultats alors qu'elles se sont déroulées normalement, tout met en cause l'initiative initiale du président Bush et l'attitude que les Etats-Unis ont au Moyen-Orient. Jamais, sans doute, aucune région du monde n'a connu un semblable désordre; jamais depuis cinquante ans la paix du monde n'a connu pareil danger. Agissant séparément et finalement ensemble, des évènements s'enchaînent qui mettent en mouvement un monde immense que la communauté de religion inspire depuis sept siècles, que la communauté de destin mobilise aujourd'hui. Sous une forme ou sous une autre, les peuples musulmans tenteront de renverser les régimes en place parce que complices de l'Occident, alors que les Croisades appellent encore vengeance. Deux risques se profilent : une crise pétrolière internationale et la mobilisation de un milliard d'êtres voués à la fin d' Israël.

Avec ses pays <<en voie de développement >>et ses pays émergents, le tiers monde n'est plus ce qu'il était au moment où, en 1955, la conférence de Bandung lui a fait prendre conscience de sa marginalité, comme de sa puissance sous-employée. Il a été marqué depuis par une démographie telle qu'il représente aujourd'hui plus des trois cinquième de la popululation du monde, demain plus des trois quarts. Il a été aussi marqué par l'évolution considérable de la Chine, de l'Inde, du Brésil qui, en passe de devenir des puissances économiques authentiques, exigent que soit redéfini le <<système international>> mis en place au lendemain de la guerre. Rien n'est plus nécessaire à l'équilibre, à la paix, au développement du monde qu'une vision ambitieuse qui, nous conduisant à ne plus marginaliser les <<marginaux>>, nous permette de construire un monde tout neuf. Que ceux qui doutent de cette nécessité essaient de décrire un monde de neuf milliards d'êtres humains dont un tiers serait <interdit de progrès>>. Là est le grand chantier, là sont les risques majeurs que connaît et connaîtra la sécurité collective...

Suit , pages 53-54, une réflexion sur le clivage Droite-Gauche dans les démocraties :

"...Dans le dialogue imaginaire en quoi consiste la vie politique, la droite privilégie l'activité économique sous sa forme marchande, la gauche accorde priorité à la société et à la nature. La première ne nie pas plus la société que la seconde ne nie le marché. Or il se trouve que, s'adressant à des citoyens-élcteursqui sont aussi des consommateurs-clients, la première a un discours simple alors que la seconde est tenue de plaider société tout en faisant sa place à l'activité économique. Ainsi se trouve ouvert un débat entre le simple qui tend à prendre l'allure d'une idéologie et le complexe qui, tendant à se raprocher de la réalité, représente la vie telle qu'elle est. Alors que la droite affirme que la prospérité assure le bonheur de tous, la gauche argumente et affirme qu'elle n'y suffit pas, que des inflexions sont necessaires à la prise en compte des besoins de la société. Dialectiquement inégal car les moyens de communication ont pour règle de tout simplifier, le débat est politiquement moins équilibré qu'il ne le devrait car les tenants de l'économie disposent des moyens qui leur permetent de façonner l'opinion."

D'où une critique de l'économie néo-libérale, essentiellemnt financière, qui triomphe avec la globalisation depuis les années 80 :

" Aussi sûr de lui qu'il puisse l'être, aussi bien armé qu'il soit pour convaincre, le marché ne peut plus cacher les dommages sociaux et environnementaux dont il est la cause. Derrière l'apparente soumission de la société, se cachent et se développent, de multiples <<révoltes>>. Les <<effets secondaires de la domination économique seront bientôt assez graves pour que la marché soit mis en cause et qu'une <<régulation>>intervienne comme une évidente nécessité sociale, environnementale, éthique, politique. La prééminence de l'économie marchande, son ambition conquérante peuvent, un jour, avoir pour conséquence sa mise en cause et sa propre faillite. Il ne s'agit donc pas ici de plaider contre le mécanisme du marché  qui donne des preuves de son efficacité, mais contre sa prétention à organiser la vie, à influencer la politique. Dépassant son <<seuil de compétence>>, il sera bientôt rendu responsable des petits et grands défauts du monde tel qu'il est. La sagesse des puissants n'est pas dans l'accroissement de leur puissance, mais dans la recherche savante du seuil de tolérance dont ils doivent bien imaginer qu'il existe..."

Et le rôle de la France dans ce monde en mutation ?

Pages 59-60 :"Plus qu'aucun autre pays, peut-être, la France paraît démodée. L'Etat n'y a guère changé. Plutôt que de s'interroger, elle se penche sur sa grandeur passée. Nostalgique d'elle même, elle se met en marge d'un monde en mouvement et les meilleurs de ses enfants ont  la tentation de la quitter pour aller ailleurs trouver sens plus encore que fortune. Il lui faut se convaincre que n'étant plus puissance, elle demeure référence.Or son arogance détourne d'elle bien ds partenaires qui l'attendaient comme manière rationnelle et humaniste de voir le présent et l'avenir d'un monde qui, ayant changé de rythme et d'échelle, ne sait pas où sont le nécessaire,  l'utile, le possible, le permis.

Sans se replier sur elle-même, la France doit donc s'interroger sur sa relation avec la puissance,sur ce qu'elle veut devenir, et d'abord sur ce qu'elle est pour ses citoyens. L'élection présidentielle de 2002, le référendum européen, les turbulences des banlieues, les divisions intérieures des partis politiques, le déficit de notre commerce international, notre dette publique, notre faible croissance, les énormes mannifestations provoquées par la loi sur l'embauche, le discrédit de ceux qui nous gouvernent tel que le révèlent les sondages...sont des réalités qui nous obligent à prendre conscience de ce que notre pays est devenu en lui-même comme sur la scène européenne et mondiale. Avec celui de 1940, le printemps 2006 aura été le plus douloureux de tous ceux qu'un vieil homme a pu connaître. Le premier était celui du danger extérieur, le second celui de notre désarroi.

Que sera le prochain printemps, celui de 2007 ? 

 



Article ajouté le 2007-04-04 , consulté 70 fois

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