Je me propose de vous faire profiter des notes prises lors de la lecture d'un ouvrage de jacques Attali, intitulé Blaise Pascal ou le génie français, publié en 2000 chez Fayard, après celle consacrée à l'actualité de la pensée marxienne.
Il ne s'agit pas de résumer l'ouvrage mais simplement extraire ce qui me semble être le plus percutant pour notre temps. C'est une invitation à la lecture considérée comme un butinage : à chacun de faire son miel !C'est tout le bonheur que je vous souhaite!
Dans l'introduction, l'auteur nous prévient qu'on ne sort jamais indemne d'une rencontre avec Blaise Pascal!
Pascal est un génie si on considère que "le génie ne réside plus dans un mode de vie, ni dans un système politiqueencore moins dans une "race", mais dans l'art d'organiser une collecivité solidaire parlant une même langue, partageant de valeurs, un passé, et peut-être un aveni."
D'après l'auteur, Pascal serait même un génie prophétique "car personne, mieux que cet homme du XVII ème siècle, n'a compris les questions qu'allait se poser l'homme du début du XXIème siècle. Il est l'un des premiers à avoir fait de la précarité de la condition humaine la clé du comportement des foules, et avoir prévu que la peur de la mort entraînerait à fuir dans la distraction et l'indifférence -on dirait aujourd'hui le spectacle et l'individualisme. L'un des premiers encore à avoir vu que l'homme était capable, sous prétexte du retrait de Dieu, de perpétrer les pires barbaries. Et d'autres encore, aussi abominables, au nom de Dieu. Un des premiers, enfin, à avoir cerné, bien avant Marx, Freud, Heidegger ou Sartre, les frontières indécises entre la liberté et l'aliénation, qu'elles soient tracées par Dieu, par l'ordre social, par le déterminisme génétique ou par la sexualité."
La première partie intitulée Clartés (1623-1650) nous éclaire sur la genèse d'un génie.
Dans un premier temps, on découvre que Blaise en mathématiques, sa soeur Jacqueline en poésie , ont été des enfants prodige. Ils ont profité de la largeur de vue de leur père, dont l'honnête aisance, a permis de consacrer une large part de son temps à l'éducation et à l'instruction de ses enfants. Il "n'enseigne rien d'autorité. Il souhaite éveiller et cultiver chez ses enfants le désir comprendre, de trouver eux-même une réponse, de réinventer un savoir. Rien n'est enseigné qui n'ait sa cause et sa fonction. Rien n'est donné à apprendre dont on ait compris la raison d être. Il explique celle des langues avant d'énoncer la nécessité d'une grammaire, et donc d'une syntaxe spécifique. Il a compris qu'il faut mieux initier à ce qu'on n'appelle pas encore la linguistique avant d'enseigner les langues elles-mêmes, et introduire à la logique avant d'aborder la linguistique."
Cela a des conséquences dans le domain religieux :"Croyant par tradition plus que par conviction, Etienne, le père de Blaise, ne mêle pas la religion à l'éducation. Pour lui, la foi n'est pas une science qu'on enseigne, mais un objet pour le coeur. Il apprend donc à ses enfants à croire à l'une sans la discuter, et à ne rien croire de l'autre sans le comprendre..."
Situant l'enfance de Blaise dans son contexte, l'auteur insiste sur le fait que "la Réforme et la Renaissance ont remis en cause certains dogmes; les guerres civiles et les grands chambardements économiques et sociaux ont sapé les certitudes. Depuis un siècle, la découverte de civilisations nouvelle, d'autres religions, d'autres façons de penser l'Univers ajoute encore au désarroi...Depuis plus d'un siècle, l'Europe chrétienne est donc perplexe: pourquoi le Très-haut aurait-Il laissé tant d'êtres humains dans l'ignorance de Lui-même? Pourquoi existe-t-il tant de peuples dont les Ecritures ne parlent pas, qui n'ont jamais entendu parler ni de Dieu, ni du christ, ni de l'Ancien ou du Nouveau Testament, et dont les calendriers remontent à une époque bien antérieure au Déluge? "
A Paris des "cercles réunissent des érudits et des philosophes qui discutent librement de ce que la censure religieuse ou politique leur interdit d'écrire ou d'exprimer publiquement...Après Rabelais, Montaigne et bien d'autres, ils pensent que le progrès des sciences permettra d'expliquer la nature de l'homme et de trouver une morale sans qu'on ait besoin de erecourir à la peur de l'enfer pour la justifier. On continuera néanmoins à risquer sérieusement le bûcher pour hérésie jusqu'en 1660!...C'est dans cet univers d'inquiétude et de désordre, où se développe une grande fringale d'ordre et de savoir, que débarque la famille Pascal" à Paris en 1631.
En 1634, Blaise aurait écrit son premier texte à l'âge de onze ans . "Selon la tradition familiale ) un Traité des sons dont il ne reste aucune trace écrite."
Enfant prodige, il est accepté aux séances de l'Academia parisiensis !
"A treize ans, Blaise lit et écrit le latin; et apprend, semble-t-il, le grec et l'hébreu. Pour autant, ilne lit pas beaucoup de livres. Il écoute les amis de son père pour qui réfléchir est beaucoup plus important que lire...
En 1639, Etienne, le père de Blaise, assiste à l'Académie de mersenne, "avec une immense fierté, à la présentation par ce garçon malingre, d'un Essai pour les coniques, c'est à dire sur les projections sur un plan de cercles tracés dans l'espace. Dans ce très bref essai, est rédigé un théorème dont l'adolescent donne la démonstration, un théorème aujourd'hui encore connu comme le <<théorème de Pascal>> ou <<hexagramme mystique>>, d'où découle toute la géométrie projective des XIX et XX ème siècles,sans laquelle il n'y aurait sans doute eu ni architecture moderne ni dessin industriel possibles..."
En Octobre 1639, Richelieu propose à Etienne, le père de Blaise, d'accompagner le Chancelier Séguier à Rouen "avec le titre d'adjoint de l'intendant du roi pour la Normanndie et de <<commissaire député de Sa majesté pour l'impôt et la levée de la taille>>. Le Cardinal compte sur ce bon mathématicien pour faire rentrer le impôts pendant que d'autres materont la population...Blaise n'a pu ignorer la révolte des Va-nu-pieds et le rôle de son père dans la répresion. mail il l'accepte : le monde est une pourriture, la guerre civile un indéfendable fléau et même son père vénéré est tenu d'y collaborer. D'où sa haine des luttes fratricides, et son scepticisme envers la politique. "
L'auteur intitule la période 1641-1650, la "machine à penser".
Blaise observe son père surmené de travail : "il ne reconnait plus le pédagogue sophistiqué qui lui a tout appris, le mathématicien admiré de l'académie de Mersenne, il ne voit plus qu'un homme fatigué, affaméde réussite...Blaise s'ennuie à Rouen...Il cherche alors dans le travail fastidieux dont son père se décharge sur lui de quoi nourrir son activit mentale. Très vite, il trouve là un enjeu à sa mesure : automatiser le calcul des impôts. Personne au monde n'a encore essayé de mécaniser ce travail ni même aucune autre tâche intellectuelle... Pascal commence à réfléchir à sa <<machine d'arithmétique>>. Il a dix-huit ans et son cerveau de découvreur a besoin d'un objet de recherche. En voilà un que le hasard lui fournit...Il a l'idée d'utiliser un système à l'horlogerie pour aditionner, soustraire, organiser les retenues, transformer les multiplications en une serie d'additions...En quelques mois, Blaise met au point <<par la plume et par le compas>> un schéma théorique dans lequel chaque roue ou verge d'un ordre, en tournant de dix chiffres, entraine le mouvement d'un seul chiffre de la roue ouverge suivante. Le principe de la machine à calculer-c'est à dire, d'une certaine façon, celui de l'ordinateur- est trouvé...
Le premier dans l'histoire humaine, Pascal a automatisé la manipulation de signes et réalisé une machine programmant des règles opératoires. Mais il est en avance de trois siècles. Sa machine arithmétique restera longtemps un simple objet de curiosité...En fait, tous les ordinateurs d'aujourd'hui ne sont que des perfectionnements de la machine de Pascal, une fois passé du système décimal au binaire, ce dont d'ailleurs il parlera lui-même () un peu pls tard...
Par hasard, encore une fois, Pascal va maintenant rencontrer une question qui ne cessera plus de le hanter : celle du salut et de la responsabilité de chacun sur ses actes...En somme, soit Dieu n'est pas tout puissant, soit l'homme n'est qu'une machine. La plupart des religions se sont trouvées confrontées à ce dilemme et chacune y a apporté sa réponse ; c'est même de cela que dispute l'essentiel des livres sacrés de l'humanité...A l'époque, pour l'Eglise de France comme pour le roi de France, la réponse à toutes ces questions est fondamentale parce que la légitimité du pouvoir en dépend : si dieu décide de tout, on n'a plus besoin de l'Eglise. Mais si les hommes sont libres devant Dieu, pourquoi ne le seraient-ils devant leur monarque?
En fait, chaque fois qu'on parle du salut, on commence à comprendre que c'est aussi du pouvoir que l' on parle. Du pouvoir terrestre, détenu par des institutions concrètes, avec tous les privilèges qui s'y attachent. Mais aussi du droit à la libre conscience pour sauver l'âme, même si cela exige de désobéir au Prince.
Sur ces sujets, la position de l'Eglise a beaucoup varié. Certains, dès le IVème siècle, comme PELAGE, avaient soutenus que l'homme disposait de son libre arbitre et pouvait décider de son propre salut. PELAGE fut immédiatement condamné ...D'autres...comme AUGUSTIN () expliquèrent que la grâce de dieu est donnée gratuitement à certains hommes et que personne ne peut rien pour l'obtenir, la mettre en oeuvre ou la refuser. L'Eglise retint officiellement la position d'AUGUSTIN en affirmant que sa propre mission et celle du pouvoir temporel ()étaient de favoriser la récepion de cette grâce par l'homme ; elle-même est donc l'intercesseur entre l'homme et Dieu...
A partir du XVIème siècle, le mouvement de transformation économique entraîne les progrès de la liberté intellectuelle et spirituelle. Une éthique séculière, bourgeoise, individualiste, remet en cause Saint AUGUSTIN et la tradition qui s'en réclame...
Puis avec LUTHER et CALVIN on en revient à AUGUSTIN:les hommes sont condamnés à l'avance à l'Enfer par le péché originel...Personne ne peut rien pour son propre salut, sinon accepter ou refuser la grâce de Dieu pour autant qu'elle se manifeste...Une telle thèse rend l'Eglise inutile et ne peut laisser le Saint Siège sans réaction...Le concile de Trente affirme tout à la fois le libre arbitre et la necesité de la grâce. L'homme peut l'accepter ou la refuser et se faire aider par la pénitence et les autres sacrements. D'où une exigence confirmée d'obéissance des fidèles à une hiérarchie de l'Eglise centralisée autour du pape, et la création d'un réseau de nouvelles institutions (dont la Compagnie de Jésus) pour mieux former les prêtres et mieux assurer l'influence de l'Eglise...
...Pour les grans seigneurs existe encore une sorte d'ersatz d'éternité terrestre : ils se pensent comme les meilleurs représentants de la nature humaine, son avant -garde. Ils méritent donc ne pas être oubliés des générations suivantes, et peuvent tabler sur une certaine forme d'éternité terrestre, qu'on appelle la gloire. C'est en tout cas ce que veut croire l'aristocratie. Et c'est ce qu'acceptent, en général, résignés, la bourgeoisie et le petit peuple. C'est aussi ce que théorisent les théologiens qui font de la gloire et de la grandeur de l'homme une manifestation de la gloire et de la grandeur divine : Dieu est grand puisqu Il a produit de telles créatures.
Le débat va prendre une tournure particulière en France pour au moins deux raisons. D'abord parce que le <<roi très chrétien>> est l'<<oingt du Seigneur>>, qui s'est engagé par son sacre à chasser les hérésies dénoncées par l'Eglise. Ensuite parce qu'unhomme d'exception va justement porter ce débat au coeur du pouvoir en promouvant une doctrine donnant un sens très particulier à la maîtrise de soi et au libre arbitre.Une doctrine dont il est l'inspirateur même si elle est signée d'un autre.
Lui, c'est labbé de Saint Cyran. L'autre, c'est Cornelius Jansen. La nouvelle doctrine est donc le jansénisme. Elle va jouer un rôle considérable à travers l'europe et particulièrement en France, pendant un siècle et demi, à la fois sur les plans politique,économique et religieux...
D'une prodigieuse intelligence, l'abbé de saint Cyran entend régénérer l'Eglise de France et marginaliser la hiérarchie au profit du curé de paroisse chargé de la cure des âmes. Il se pique aussi de politique, déteste Richelieu et dénonce les alliances nouées avec les Pays-Bas protestants et certains princes allemands protestants eux aussi contre l'Es^pagne catholique. Pour agir, il ne veut créer ni un ordre, ni un parti ; seulement infiltrer les esprits de ceux qu'il dirige et conseille : des grands de l'Eglise comme des grands de ce monde. en particulier au couvent de Port Royal ()...Peu d'hommes auront exercé autant d'influence sur autant de gens d'influents en aussi peu de temps..
Pour les Jésuites (NDR : au service du Pape), le projet de JANSEN est épouvantable : ils comprennent parfaitement bien qu'il s'agit d'utiliser saint augustin contre eux. <<l'abbé devint à leur égard non seulement un hérétique, mais un hérésiarque abominable qui voulait faire une nouvelle eglise,et renverser la religion de Jésus-Christ>> écrira Racine dans son Histoire de Port Royal..."
Jansen meurt de la peste en1638 et laisse un manuscrit à l'université de Louvain où tout est mis à mal :
"...L'Eglise qui n'est plus nécessaire; les confesseurs, qui ont tort de se montrer trop conciliants; les protestants, qui n'ont rien compris; les libertin, qui croient au bonheur; les scientifiques, qui croient en la raison. Rien ne trouve grâce à ses yeux, si ce n'est saint augustin et l'espérance en une grâce inconnaissable qu'il faut se tenir prêt à saisir si on a la chance de l'avoir reçue...
Très vite le jansénisme devint une doctrine...Seule la conscience de sa misère rendra l'homme libre.Seule la pauvreté et le retrait du monde le sauveront, si la grâce est sur lui. Seule la pureté est un idéal.
Tout cela peut nous paraître à des années -lumière des préoccupations de notre siècle. Le salut n'est plus au centre des conversations. Beaucoup ne croient plus que chacun reçoit de Dieu, en naissant, une forme de grâce, ou qu'il en est privé. Et que cette grâce déciderait à l'avance de l'accès à l'éternité.
Pourtant nous continuons a ne parler que de cela...même le plus athé considère la foi comme un don extérieur, qui ne se décide pas...Aucune société, ancienne ou moderne, n'échappe en fait àcette discussion, à ce marchandage entre liberté et contraine, détermination sociale et esprit d'initiative, volonté et pulsion, inné et acquis. Plus l'homme se pense contraint et plus il veut se révolter contre cette contrainte. L'histoire de l'humanité, jusqu'à aujourd'hui, peut se lire comme celle de la lente émancipation des anciennes contraintes et de toutes celles qui sont venues les remplacer.
Au XVIIème siécle, c'est de Dieu que les marchands cherchent à s'émanciper par les voyages et la recherche du bonheur. Contre ces courants, les jansenistes entendent ramener l'homme à sa réalité spirituelle, l'empêcher de devenir un être de pouvoir et d'argent, lui rappeler qu'il est une créature de Dieu soumise aux caprices de son Créateur. Le pouvoir politique se méfie aussitôt d'une doctrine qui, en affirmantle devoir moral, prétend s'opposer à la raison d'Etat. Le pouvoir religieux n'aime pas non plus qu'on veuille remettre en cause son pouvoir d'absoudre par la confession, et qu'on lui rappelle que le concile de Trente a imposé aux prêtres de célébrer la messe lentement, de marcher les yeux baissés, de vivre pauvrement...
Au total, le jansénisme n'est pas une doctrine pour les masses : le peuple ne peut apprécier cette apologie de la pauvreté qui est déjà son lot quotidien, ni cette désignation d'une élite inconnaissable de grâciés, sorte de nouvelle aristocratieausi lon de lui que l'autre.Très vite, le langage courant prête d'ailleurs au mot <<janséniste>>le sens de celui qui prône une sévérité excessive envers soi et les autres...
Certains, parmi les bourgeois et les grands seigneurs, en concluent que, pour défendre sa chance de salut, il faut se retirer du monde...C'est cette version du jansénisme qui va ateindre les Pascal à Rouen en 1646...
Tout ce qui est important dans la vie de pascal luiarrive par accident. en janvier 1646, alors qu'il est entièrement pris par le développement de sa machine d'arithmétique, un accident survenu à son père lui fait rencontrer le jansénisme."
En effet, s'étant cassé la jambe, Etienne, le père de Blaise, est soigné par deux médecins jansénistes...Mais , dans un premier temps, les préoccupations de Blaise sont autres. En octobre 1647, il "décidede faire cconnaitre l'étendue de ses travaux sur le vide. Il s'électionne huit expériences ...mais pense() à une autre expérience absolument déterminante celle-là. Emettant l'hypothèse que la masse d'air pesant sur la tête de l'observateur dépend de l'altitude, il en déduit que la hauteur du mercure dans le tube variera avec le lieu de l'expérience. Il décide donc de répéter plusieurs fois, le même jour, mais à différentes altitudes...pour éprouver si la hauteur du vif-argent suspendu dans le tuyau se trouvera pareille ou différente dans ces deux situations...
Le plus extraordinaire, dans cette expérience, c'est l'idée de montagne. elle suppose tout un ensemble d'hypothèses annexes : que le poids de l'air varie avec l'altitude, c'est à dire que l'air au-dessus de nous est limité en hauteur, qu'il y en a donc moins en montagne qu'au sol, que le poids de l'air décroît avec l'altitude, enfin que la quantité d'air autour de la Terre est assez faible pour que l'ascension d'une montagne engendre une différence mesurable du niveau du mercure. Avec ce que l'on savait à l'époque de la nature de l'atmosphère et de la configuration de laTerre, c'est là un ensemble d'hypothèses au moins aussi audacieux que celle portant sur la pression elle-même. C'est même une formidable avancée dans la perception de notre monde : l'air est rare, limité, et la Terre est asphyxiable.
Ce boulversement passera complètement inaperçu, alors même que Pascal, par cette simple expérience, révolutionne la physique des fluides et invente la méthode expérimentale.Non seulement il renverse une hypothèse majeure de la pensée, qui confond depuis toujours le vide avec le néant, non seulement il jette les bases de l'hydrostatique, mais, par dessus tout, il conçoit la première tentative visant à vérifier une hypothèse non intuitive par une expérience conçue dans le seul but de montrer que la nature se conduit comme si la loi ainsi vérifiée etait vraie. La science, depuis lors, n'est rien d'autre qu'un ensemble de lois telles que <<tout se passe comme si>>elles étaient vraies..."
En apprenant les résultat de l'expérience d'Auvergne, en septembre 1648, "toute l'europe scientifique saitqu'une découverte majeure vient d'être faite...le monde est maintenant à la portée du savoir. Il peut-être compris. Nulle théorie, physique ou métaphysique, ne peut plustenir contre l'expérience. Il ne suffit plus de théoriser, d'échaffauder des hypothèses sur tout, il faut encore imaginer ensuite des expériences artificielles pour les vérifier ou les infirmer. Un champ infini s'ouvre à la recherche. Une science, la physique expérimentale, a vu le jour.
Mais, plus encore, Pascal a montré que quelque chose que l'homme ne peut comprendre intuitivement, ni même conceptualiser, peut exister.<<Tout ce qui est incompréhensible ne laisse pas d'être>>, écrira-t-il magnifiquement plus tard. Toute la physique d'aujourd'hui, pour qui la nature n'est ni intuitive ni vraisemblable, est contenue dans cette phrase"...
Dans la deuxième partie intitulée "Splendeurs" qui va de 1650 à 1662, soit de 27 ans à 39 ans d'âge, le premier chapitre "les jeux du hasard et de l'amour "développe les découvertes scientifiques de Blaise, alors agé de 27 à 31 ans.
"Pascal hait la solitude. Il la pratique, mais il l'exècre".
En effet, il vit avec un père malade et sa soeur Jacqueline, qu'il chérit mais qui veut enttrer au couvent "janséniste" de Port Royal.
"En trois ans d'agitation mondaine effrénée et de questions surgies au hasard, il va inventer le calcul des probabilités, découvrir les principes du calcul infinitésimal et intégral, mettre au point sa théoriedu vide et commencer à esquisser un livre sur la condition humaine...
...comme tout, dans sa vie, arrive par hasard, c'est par le biais d'une rencontre fortuite qu'il va se trouver, pour la quatrième fois, en situation -après les coniques, la machine d'arithmétique et la théorie du vide,- de révolutionner l'histoire de la science. Cette fois, ce sera en inventant une nouvelle branche des mathématiques: le calcul des probabilités...
Il est à noter que la mort de son père intervenue le 24 Septembre 1651 va lui inspirer une réflexion dans "une des plus belles langues jamais écrite" :
<<L'horreur de la mort est naturelle, mais c'est en l'état d'innocence : la mort à la vérité est horrible, mais c'est quand elle finit une vie toute pure. Il était juste de la haïr quand elle séparait une âme sainte d'un corps saint; mais il est juste de l'aimer, quand elle sépare une âme sainte d'un corps impur. Il était juste de la fuir quand elle rompait la paix entre l'âme et le corps; mais non pas quand elle en calme la dissension irréconciliable. Enfin quand elle affligeait un corps innocent, quand elle ôtait au corps la liberté d'honorer Dieu.>>
Quand il découvre le départ au couvent de sa soeur Jacqueline, le 4 janvier 1652, "Blaise est foudroyé : convulsions, paralysie...(puis) il fuit dans les mondanités la mort de son père et le départ de sa soeur"...
" Blaise reste prostré. vide. Misère : voir le monde le distrit,maisil sait que ce n'est qu'une façon d'oublier. Il note :<<La seule chose qui nous console de nos misères est le divertissement, et, cependant c'est la plus grande de nos misères. Car c'est cela qui nous empêche principalement de songer à nous, et qui nous fait perdre insensiblement.>>
..."Il ne trouve de repos que dans l'écriture et rédige deux traités": l'un sur le vide, l'autre sur l'équilibre des liqueurs.
..."Comme il le fait chaque fois maintenant, Pascal est parti d'un fait accidentel pour concevoir une expérience pour établir une loi. A présent, il veut déduire une théorie d'une loi. Plus précisément, il entend montrer que les principes de fonctionnement de la presse hydraulique -première machine pneumatique- sont une application de sa théorie de la pression de l'air...il montre que la mécanique des solides, la dynamique des liquides et celle des gaz font partie d'une même science, rationnellement construite à partir d'expériences qui sont <<les seuls principes de la physique>>...
..."par une étrange ironie, c'est le hasard des jeux de hasard qu'il va justement en revenir aux mathématiques pour les boulverser une seconde fois. Après avoir inventé la géométrie projective et tout ce qui permettra aux ingénieurs des XIX et XX ème siècles de dessiner sur un plan les volumes de machines, il va maintenant découvrir comment évaluer les risques, les maîtriser, les assurer. Autrement dit, comment mieux décider...
Sa méthode est radicalement neuve, plus encore boulversante peut-être que ses résultats.Quelques années plus tard, elle le conduira aussi au calcul différentiel et au calcul intégral...
A son époque, le risque attaché à une décision n'est pas mesurable.Les marchands, les armateurs, les émetteurs de rentes aimraient bien en savoir un peu plus long pour mieux calculer le prix à attacher au risque d'entreprendre et pour s'assurer contre les catastrophes. Mais c'est undomaine où aucune théorie n'est encore disponible. C'est pascal qui va la découvrir, encore une fois pour répondre à la question d'un ami de passage. Car l'histoire de cette découverte commence par une inoffensive devinette... quelle proportion de la mise faut-il rendre à un joueur donné pour le conduire à abandonner une partie en cours? ...Toute l'analyse des risques, qui constitue le fondement de l'assurance, se cache () derrière cette anecdote. Mais c'est bien davantage encore, aux yeux de Pascal : il voit dans ce <<jeu des partis>>une véritable métaphore de la vie : elle est évidemment, comme tout jeu, destinée à être interrompue à un moment ou un autre : << Tout ce que je connais est que je dois bientôt mourir>>...
...si Pascal s'intéresse à cette question, c'est aussi pour une autre raison : trouver la solution au problème (), c'est déterminer les droits moraux de chacun des joueurs sur les enjeux d'une partie...
"Face au problème qu'on lui demande de résoudre, le raisonnement de Pascal est très subtil en même temps que fort simple. Il ne cherche pas la probabilité proprement dite de chaque résultat, mais quelle part il faut reconnaître de propriété à un joueur en cours de partie pour qu'il accepte de renoncer à jouer ou de céder la place à un autre joueur. Il ne cherche donc pas à estime la probabilité d'un gain, mais ce que chaque joueur est assuré d'avoir gagné à chaque instant du jeu. Il cherche en somme à trouver une valeur certaine au hasard-la <<certitude de ce qu'on hasarde>>écrira-t-il ailleurs. Il ne s'intéresse pas à la probabilité à proprement parler d'un évènement,mais à la décomposition du hasard en une sucession d'évènements certains. Il va donc s'éfforcer de trouver ce que chacun est assuré de gagner, de supprimer en somme le rôle du hasard, de la piéger dans une sorte de labyrinthe pour le découper en certitudes. Il cherche en réalité ce que l'on apellerait aujourd'hui l'espérance mathématique du gain, c'est à dire le produit du gain espéré par la probabilité de son occurrence.
Il pose ainsi le problème : si un joueur a gagné la première manche en obtenant le résultat demandé, quelle proportion de la mise a-il-gagné? A priori rien, puisque rien n'est distribué et qu'il peut encore être rattrapé ar l'autre joueur. Mais pas tout à faait rie, puisque l'autre joueur a désormais moins de chances que lui de réussir à gagner les manches. La mise de celui qui n'a pas gagné devient ainsi progressivement la propriété de celui qui gagne...
Pascal part () sur une idée très simple qui deviendra fondamentale en mathématiques : la récurrence. Elle consiste à trouver le résultat dans le cas le plus élémentaire et à montrer que, de proche en proche, on peut déduire un résultat du résultat précédent. On dit qu'on peut <<composer des aléas>>. Or cette méthode s'applique fort bien ici, puisqu'au jeu de partis, la victoire n'est pas un coup du sort, mais un lent progrès parfaitement mesurable , coup après coup.
Et là réside l'extrème beauté de sa découverte : il montre que tous les résultats du problème des partis sont inscrits, pour qui sait les voir, dans une figure lumineusement simple qu'il semble avoir réinventée, même si elle éait déjà connue...le triangle arithmétique...On peut en déduire la probabilité pour chaque joueur de gagner le jeu à chaque instant,et la décision à prendre à chaque instant du jeu, puisque la valeur d'arrêt pour le joueur est égale au produit de sa probabilité par la valeur du gain qu'on peut en attendre...Pascal a la certitude d'avoir transformé le hasard en certitude, la décision en raison, d'avoir en somme concilié la science et le hasard, ces <<choses apparemment contraires>>. ..
Comble de l'ironie : celui qui dira plus tard l'essentiel sur la détermination des créatures par leur Créateur, c'est à dire sur le hasard, et sur le rôle de la <<distraction>> pour fuir le même Dieu, a découvert les lois du hasard justement à propos d'une simple distraction. Il a découvert les lois du jeu avant de condamner la distraction et inventé l'assurance avant de se risquer au pari..."
..."A la différence de Descartes qui aborde la physique en mathématicien, Pascal ne cesse jamais d'être physicien, d'observer les effets avant de rechercher le principe. Descartes pense que le monde qu'a voulu Dieu est rationnel et que ses lois peuvent être trouvées par la seule logique. Pascal, au contraire, pense que le monde est un chaos à déchiffrer, un code à casser. Il a compris qu'il existe des lois de ce désordre, des lois du hasard, que celles-ci ne sont pas toujours logiques, mais qu'on peut les approcher en étudiant un grand nombre de cas. Car il a compris qu'il y a un ordre dans le chaos du hasard. Par exemple, on peut approche la probabilité d' un sur deux en lançant en l'air un millier de fois une pièce et en comptant les pile et les face. Ou celle de l'espérance de vie en comptabilisant les registres de mille paroisses. Il a compris que le calcul des probabilités est le calcul de occurences d'un évènement particulier sur un nombre infini de cas. Il en tire alors l'idée qu'un lien existe entre le hasard et l'infini.
le voici pris désormais par le vertige de l'infini. Il ne s'en départira plus. Un peu plus tard , il en déduira le calcul intégral et il en fera l'un des fondements de sa philosophie de la condition humaine...
Pascal se laisse prendre par la magie des chiffres. Le triangle arithmétique l'ayant fasciné, il cherche à tout savoir sur la structure des nombres () La divisibilité le fascine...Il énonce() la possibilité de sortir du système décimal, ouvrant là une piste que nul ne reprendra avant plus d'un siècle et qui, aujourd'hui a permis de faire faire des progrès vertigineux justement aux machines arithmétiques : il n'y aurait pas eu d'ordinateurs sans la numération binaire...
Si les exigences de la rigueur de la démonstration l'aident à épurer son style, ses lectures, en revanche, ne l'aident en rien à le fixer : de fait, il ne lit presque rien, hormis les Ecritures, Montaigne et Epictète. L'auteur des Essais lui montre que l'homme laissé à lui-même est incapable de saisir le fond des choses. Epictète lui montre que l'homme est grand s'il se conforme à l'ordre divin. le reste, il l'inventera...
Depuis l'entrée de sa soeur Jacqueline au couvent, surtout depuis sa profession de foi en juin 1653, blaise a tout essayé pour l'oublier. en vain. le monde et ses modes le dégoûtent...Il accumule les pensées de plus enplus noires...
<<Nous souhaitons la vérité et ne trouvons en nous qu'incertitude. Nous recherchons le bonheur et ne trouvons que misère et mort. Nous sommes incapables ni de certitude ni de bonheur. Ce désir nous est laissé tant pour nous punir que pour nous faire sentir d'où nous sommes tombés>>
...le 23 novembre1654, de 22heures 30 à minuit, une sorte de feu l'éblouit. Blaise se sent échapper à son corps, il s'envole. Dieu est là, pense t-il. Il s'évanouit et ne se réveille qu'à l'aube. Il prend immédiatement une feuille de papier et écrit d'une main ferme, précise...Le manuscrit est impressionnant à consulter. L'écriture est précise et forte, comme jubilatoire. Les traits montent comme pour emplir le monde du nom de Dieu. Comme s'il n'y avait plus de place pour rien d'autre. Pascal a basculé. A trente et un ans, il est passé de l'autre côté du monde...
Dans le 4ème chapitre intitulé curieusement "les enfants de la paix" qui concernen la période du 23 Novembre 1654 (voir plus haut) à juillet 1657 (rédaction de la dernière lettre regroupées sous le titre de Provinciales ), Pascal va mener le combat contre les Jésuites qui veulent éliminer leurs adversaires de Port Royal.
"...Blaise est de plus en plus obsédé par le souvenir de sa nuit de <<feu>>...Il a trente et un ans et se sent déjà si loin des plaisirs du monde, si différent de tous ceux qu'il voit s'agiter autour de lui...Nait et s'affermit en lui de laisser vivre simultanèment ses diverses incarnations. L'un des ses avatars approfondirait ses découvertes mathématiques, un autre rédigerait ses réflexions sur la condition humaine, un autre encore continuerait peut-être de fréquenter le monde. En cette fin de 1664, Blaise imagine de devenir au moins trois personnes vivant chacune sa vie, ayant chacune son caractère, ses projets, son style, ses ambitions, ses caprices, son idéal. Mais la seule qui l'intéresse vraiment, c'est une quatrième : celle qui mourra bientôt-il en est sûr-anonyme et sans postérité, tentant de s'assurer le salut par une humilité absolue.A vivre leur vie, les trois autres glaneront peut-être un peu de gloire, mais c'est sans importance.; il espère seulement que Dieu sera dupe de sa ruse et ne lui fera pas porter, au jour du jugement, le poids des péchés de ses avatars.
Dans les trois années qui suivent, l'une des ces personnalités va dominer toutes les autres. Ce n'est pourtant aucune de celles qu'il a déjà imaginées, mais une autre encore, un Pascal qu'il va nommer () <<louis de Montalte>>. redoutable polémiste,Louis marquera l'histoire des idées et des lettres en lançant le plus formidable brûlot de l'histoire de la littérature française,les Lettres à un Provincial, plus connues sous le nom de Provinciales.
Pour ou contre, on se battra, on ira en prison, on mourra. Elles constitueront le plus grand succès de librairie de l'ancien Régime. Elles fascineront les siècles à venir et fascinent encore tant par leur style que par les thèmes dont elles traitent : l'homme est-il capable de liberté? Est-il responsable de ses actes ou prisonnier de ses pulsions? Est-il libre d'être libre? Est-il déterminé par les conditions de sa naissance? Peut-il se sauver en avouant ses fautes? ...Pourn prendre une métaphore à laquelle il recourra (), l'homme est comme le paysan qui doit semer sans être certain que la pluie viendra permettre à son grain de lever...
...Comme toujours chez Pascal, tout commence par une anecdote... un duc, ami de Port Royal, se voit refuser l'absolution par son confesseur parce qu'il est janséniste. Comme la confession joue un rôle considérable dans la vie ordinaire des catholiques, cet incident va mettre le feu à la France...
au XVIIème siècle () domine la question du salut : peut-on, par le truchement d'un prêtre, obtenir le pardon de Dieu et échapper ainsi aux flammes éternelles? "
Pour les Jansénistes, la réponse est négative..."il est plus important d'éviter de pécher et, pour cela, de s'appuyer sur un bon directeur de conscience capable d'aider à tirer parti de la grâce, si on a la chance de l'avoir reçu et à ne pas commettre l'acte irréversible qui la priverait de ses effets. Diriger, c'est prévenir; confesser c'est pardonner. Or, pardonner pour les jansénistes, n'appartient qu'à Dieu. Les jansénistes ne vont certes pas, comme les calvinistes, jusqu'à supprimer la confession et la communion, mais ils en limitent la fréquence et en font des actes solennels, occasions d'exceptionnelles rencontres avec Dieu.
Au contraire, pour ceux qui, comme les jésuites, pensent que la grâce est également donnée à tous les hommes, et qu'il incombe à chacun, par le jeu de son libre arbitre, de la mettre en valeur,le confesseur est un partenaire essentiel de la vie quotidienne du fidèle...
Tout le paradoxe du XVIIème siècle est là : au moment même où les fidèles-surtout les plus puissants- sont conduts, parle changement des moeurs et des idées, et par le boulversement de l'organisation économique et sociale, à prendre des libertés croissantes avec les commadements de Dieu et les règles de l'Eglise, ils ont aussi un plus grand besoin de spiritualité. La doctrine doit s'y adapte en proposant de nouvelles échelles de peines...
Pour aider les confesseurs à remplir leur office, les théologiens doivent écrire des livres de <<jusisprudence>> répertoriant les fautes et les peines applicables dans chaque cas; c'est le rôle des <<casuistes>>
...Les jésuites vont jouer un rôle clé dans cette mutation de la morale chrétienne...aile avancée de l'Eglise, plus en phase avec leur temps que les autres ordres, ils s'érigent en maitres de la casuistique pour sauver ce qui peut encore l'être de la discipline, éviter la multiplication des schismes, aider les fidèles à résister aux austères attaits de la religion réformée, aux séductions des libertins, des marchands et savants.
Le combat des directeurs de conscience (essentiellement jansénistes) contre les casuistes (surtout jésuites) passionne le Grand Siècle. C'est un révélateur des principaux enjeux politiques de l'époque. Les jésuites veulent faire oublier l'Enfer, les jansénistes veulent rappeler qu'il constitue une menace permanente. Les jésuites veulent rendre possible l'enrichissement individuel; les jansénistes le rejettent.Les jésuites veulent adapter la discipline aux moeurs; les jansénistes tiennent à plier les moeurs à la doctrine.Les jésuites veulent que chacunsoit enpaix avec soi-même; les jansénistes souhaitent que chacun apprennne à se haïr. Les jésuites veulent soumettre les esprits au pouvoir; les jansénistes veulent voir le pouvoir s'incliner devant l'esprit.
Tels sont le contexte et l'enjeu des Provinciales ...
En 1649-en pleine fronde parlementaire-, constatant le prestige croissant des jansénistes chez les Grands, les jésuites décident de tenter d'obtenir le livre de référence des jansénistes, l'Agustinus, comme contraire à l'Evangile et à l'enseignement de Saint Augustin lui-même. Leur but ultime est de faire ensuite déclarer hérétique tous ceux qui continueraient à se référer à cet ouvrage. Et d'en finir par là avec le jansénisme...
le syndic de la faculté, Nicolas Cornet, a () l'idée de faire condamner par la Sorbonne un texte manifestement hérétique donton pourrait dire après coup qu'il constitue un résumé de l'Augustinus...Il résume les miliers de pages de l'Augustinus en cinq propositions on ne peut plus obscures où il est question de la grâce divine, du saluut des justes, de la damnation dees réprouvés, de la prédestination et du péché de Pierre. Et il défère ce texte au jugement de la Sorbonne, sans dire d'où il vient...le 31 Mars 1653, par la bulle Cum occasione, le pape Innocent X, () condamne comme hérétique l'<<interprétation par Jansenius>> des cinq propositions, mais sans affirmer explicitement que celles-ci se trouvent dans l' Augustinus...Le piège s'est () refermé sur Port Royal. Un incident va mettre le feu aux poudres; et c'est à cette occasion que Pascal va entrer en scène.
Un mois et demi après sa nuit de <<feu>, le 7 janvier 1655, () Blaise pascal décide de s'installer () dans une des cellules de la ferme voisine de Port-Royal -des-Champs ouvivent la plupart des Solitaires..."
Le 31 janvier de cette année 1665, un pair de France se voit refuser l'obtention de l'absolution par un vicaire de la paroisse Saint Sulpice à Paris <<aussi longtemps qu'il sera janséniste>>...Chez les jansénistes, c'est un grand scandale...si on laisse faire (dit l'un des leurs,le Grand Arnauld), demain ce sont toutes les églises de France qui nous fermeront leur porte ! ...il publie en 1655 un pamphlet dirigé contre tous les ennemis de Port Royal, la Lettre à une personne de condition ...au lieu de se contenter de protester contre le refus d'accorder la confession, Arnauld reprend toute l'affaire depuis le début, c'est à dire depuis le jugement porté sur le pseudo-résumé de l'Augustinus par la Sorbonne. Pour lui, <<en droit>>, les cinq propositions sont bien condamnables , mais, <<en fait>, elles ne figurent pas dans l'Augustinus. Sa Lettre constitue une attaque en bonne et due forme de la papauté et des jésuites...
Le 2 Juin 1665, le nouveau confesseur du roi, le tout puissant père Annat, tout juste rentré d'un séjour à Rome, réplique lui-même à Arnauld : toutes les propositions dénoncées par le pape se trouvent bel et bien dans l'ouvrage de Jansénius, et Arnauld doit se rétracter sous peine d'être chassé de la Sorbonne, voir d'être excommunié...
Arnauld n'est pas impressionné par les menaces du père Annat et () publie ...une Seconde Lettre...Tout Paris parle de cette polémique opposant le plus célèbre théologien du moment () à l'envoyé de Rome, confesseur du roi...
A Port-royal, on s'inquiète. Annat ne va pas se laisser faire, sa réponse à la Seconde Lettre sera sûrement terrible. Ce sera l'excommunion assurée pour Arnauld, et Port-Royal sera rasé...C'est alors qu'apparait Pascal...à l'automne 1655, Blaise fait savoir à Arnauld qu'il est prêt à l'épauler...
Commencée comme une joute intellectuelle pour rendre service à un ami, l'écriture des Provinciales finira par engager son auteur, au plus profond de lui-même, dans la lutte contre les casuistes, puis contre les jésuites, puis contre le pape. Premier exemple de l'intellectuel dressé contre la censure, le totalitarisme et le mensonge.
Pour la vérité, contre la calomnie...
Vers le 20 janvier 1656, Blaise écrit en trois jours une première lettre qu'il intitule Lettre écrite à un provincial par un de ses amis sur le sujet des disputes présentes de la Sorbonne...C'est en phrases courtes et en langage commun-ce qu'aucun lettré n'a jamais osé jusque là- une extraordinaire démystification de l'absurdité de ce qui se juge en Sorbonne.L'auteur -l'ami du provincial- est un profane sans parti pris, une sorte de Martien débarqué de sa planète, qui explique lumineusement à son correspondant les choses les plus difficiles dont seuls débattaient jusqu'ici entre eux d'obscurs spécialistes...
Le 23 janvier 1656, dans le secret le plus absolu, Petit-sans connaître le nom de son auteur-publie le texte anonymement à six mille exemplaires...Le titre, l'anonymat de l'auteur, le choix du sujet attirent aussitôt l'attention.Le bouche à oreille fait le reste...C'est un succès immédiat...
le 29 janvier, six jours seulement après la publication de la première Lettre, en est diffusée par les mêmes canaux une deuxième. Toujours anonyme. le style est encore plus ravageur...La Seconde Lettre est rapidement épuisée. On l'a fait circuler de main en main...
Le 31 janvier 1656() le chancelier Séguier exige que la Sorbonne prononce au plus vite la seconde et définitive condamnation d'Antoine Arnauld sur la question de droit. Elle est adoptée grâce " grâce au recours à la tricherie pour le vote. "Arnauld perd son titre de docteur enthéologie. La contre-offensive de Pascal et Arnauld a échoué. Les deux Lettres n'ont fait qu'exciter la colère de la Cour et durcir encore l'hostilité de la Sorbonne...
Ils décident pourtant de continuer. aumoins aussi longtemps que la condamnation d'Arnauld ne sera pas publiée.Les libraires ne se font plus prier : une fois obtenu le premier succès, l'argent attire les plus récalcitrants...Pourtant,port-royal s'inquiète : trop nombreux sont ceux qui connaissent à présent l'identité de l'auteur. Pascal doit se cacher...
Arnauld et Pascal préparent ensemble la Troisième Lettre...elle est de la même veine que les deux premières. L'auteur anonyme nargue le pouvoir :<< M. Arnauld doit se faire connaître pour défendre son innocence, au lieu que je dois demeurer dans l'obscurité pur ne pas perdre ma réputation.>>
Le tirage de six mille exemplaires est épuisé encore plus rapidement que dans le cas des deux précédents.La police perquisitionne à nouveau chez tous les imprimeurs brevetés.Plusieurs sont expédiés au Chatelet", une prison...
Malgré cette Troisième Lettre, la Sorbonne confirme, le15 février, qu'Arnauld a perdu son titre de docteur ...A Port-Royal, c'est le découragement ; ne faut-il pas interrompre ces pamphlets inutiles?
...Blaise trouve une bonne raison de relancer la polémique...pourquoi ne pas s'attaquer frontalement aux casuistes?...la Quatrième Lettre s'en prend à eux pour montrer qu'ils conduisent droit à l'Enfer les hommes qui les suivent . "
La riposte ne se fait pas attendre : "Le 19 mars 1656, le roi et Mazarin, à la requête commune d'Annat et de Séguier, ordonne la dispersion de Solitaires, maîtres et élèves des Petites Ecoles.il faut renvoyer les enfants dans leurs familles ...dont l'une des nièces de Blaise...
Le 20 mars () Pascal prend pour cibles, dans sa cinquième Provinciale (toujours anonyme)," des recueil de casuistique parmi les plus laxistes, "pour dénoncer les péchés sur lesquels ces jésuites fement les yeux : duel, dette, meurtre, usure,ambition, paresse, ivrognerie, goinfrerie, parjure.Il ne mentionne pas la sexualité, comme s'il n'osait en parler...
En même temps q'il rédige à grande vitesse les deux premières Provinciales, Blaise se sent l'envie de réfléchir plus théoriquement à la grâce...C'est donc encore un autre lui-même, non plus le féroce polémiste, mais un théolgien exigeant et sans aucun humour () quiécrtit alors trois de ses textes philosophiques les plus importants, les Ecrits sur la grâce.
Dans le premier et le deuxième, il esquisse une présentation limpide des trois thèses en présence sur le libre arbitre : celle de saint Augustin, celle des jésuites et celle de Calvin, qu'il ne connait que de seconde main...
Puis, dans un troisième écrit()il répond pour lui-même aux critiques des jésuites visant le refus des jansénistes d'admettre que tous les justes sont nécessairement sauvés... C'est là une démonstration mathématique, austère et rigoureuse de la supériorité logique du jansénisme sur le calvinisme et lapostion des jésuites.
Et puis, pour dire son exigence, ce conseil vertigineux pour qui sait le lire :<<Il ne suffit pas de fuir l'erreur pour être dans la vérité>>."
Début Avril 1656, "dans Paris, la rumeur commence à se répandre qu'une guérison miraculeuse a eu lieu à Port-Royal...Voilà donc les jansénistes,condamnés par le pape, récompensés par un miracle. Cela ne veut-il-pas dire que le pape et les jésuites ont eu grand tort de s'en prendre à eux? et l'anonyme qui écrit ces Lettres à un provincial, que va-t-il encore en dire?"...
Le miravle est officiellement reconnu par l'Eglise et pascal manifeste sa satisfaction :<<...Comme Dieu n'a pas rendu de famille plus heureuse, qu'Il fasse aussi qu'Il n'en trouve pas de plus reconnaissante.>>"
Face à la suspicion des Jésuites,"en niant d'être l'auteur des Lettres, Pascal ne ment pas. Il n'en est pas l'auteur. Un de ses doubles l'est. Encore sans nom, mais pas pour longtemps. La multiplication de ses personnalités -quivont même bientôt proliférer- a commencé...
Le 2 août 1656, parait une dixième Provinciale, toujours plus volente et amère, haineuse cette fois même...Il s'en prend par exemple à l'idée admise par les jésuites, qu'un infidèle puisse obtenir le salut sans croire en Jésus. Il a cette phrase :<<Depuis que Dieu a tant aimé le mondequ'Il lui a donné son Fils unique, le monde racheté par Lui serait déchargé de L'aimer? >> Son indignation éclate :<< Etrange théologie de nos jours! On ose lever l'anathème que saint Paul prononce contre ceux qui n'aiment pas le Seigneur Jésus! On ruine ce que dit saint Jean, que qui n'aime point, demeure en la mort; et ce que dit Jésus-Christ même, que qui ne l'aime point, ne garde point ses préceptes! Ainsi on rend digne de jouir de Dieu dans l'éternité ceux qui n'ont jamais aimé Dieu en toute leur vie! Voilà le mystère d'iniquité accompli. Ouvrez enfin les yeux, mon Père; et, si vous n'avez point été touché par les autres égarements de vos casuistes, que ces derniers vous en retirent par leur excès!>>...
N'y tenant plus, renonçant à la fiction d'une Lettre à un provincial, Blaise décide de répondre directement à ceux qui mènent l'assaut contre lui. Dans la Onzième Lettre, le 18 août, l'anonyme apostrophe directement les jésuites.Plus question de provincial. Son double le libère. Il n'a plus peur de ses ennemis. Et il attaque sur un thème nouveau qui le hante depuis plusieurs mois -la calomnie dont il s'estime victime :<<Quiconque se sert du mensonge agit par l'esprit du diable. Il n'y a point de direction d'intention qui puisse rectifier la calomnie; et quand il s'agirait de convertir toute la terre, il ne serait pas permis de noircir des personnes innocentes.>>...
La Dix-Septième Lettre, du 23 Janvier 1657, est d'abord une déclaration d'indépendance de l'auteur des Lettres vis-à-vis de tous, y compris de Port-Royal...Cette Lettre bat tous les records de vente : plus de dix mille exemplaires dès la sortie...Le pouvoir se fâche. Le libraire Langlois est à nouveau arrêté...L'étau se resserre. Arnauld est inquiet : personne-surtout pas lui- n'a demandé à Blaise d'aller si loin. Et puis, critiquer le confesseur du toi, c'est un peu critiquer le roi lui-même. De cela Port-Royal s'est toujours gardé et Arnauld, comme certains autres Solitaires, voudraient à présents bien faire taire Pascal...
Blaise travaille seul, récrit treize fois sa Lettre (la dix-huitième) et la publie toujours anonymement , en réponse à toutes les critiques formulées contre lui et à tous ses amis qui voudraient le modérer..."
Citons "cette magnifique exhortation finale, point d'orgue aux Provinciales :
<< Toutes les puissances du monde ne peuvent par autorité persuader un point de fait, non plus que le changer; car il n'y a rien qui puisse faire que ce qui est ne soit pas...Laissez l'Eglise en paix, et je vous y laisserai de bon coeur. Mais, pendant que vous ne travaillez qu'à y entretenir le trouble, les enfants de la paix seront obligés d'employer tous leurs efforts pour y conserver la tranquillité>>...
IL a du mal à trouver un libraire parisien qui ait l'audace d'imprimer ce texte...Le succès est encore plus considérable que precedemment. Victoire contre le silence des timorés...
Pour éviter que ces dix-huit Lettres ne se perdent et que jésuites et jansénistes les enterrent, il se décide() à les faire publier toutes ensemble à Cologne... "
La teneur d'une lettre adressée à une parente jette, d'après l'auteur, "un éclairage radicalement neuf sur la nature de ses propres troubles et sur le regard qu'il porte sur l'humanité : Blaise ne sait jamais fait à l'idée d'être né d'une relation sexuelle de ses parents; il hait la sexualité qui l'a fait naître, même s'il sait que, sans elle-il le reconnait ailleurs-la vie même disparaîtrait. Par son abstinence, son humilité, sa haine de lui-même, son refus de la tendresse des autres à son égard, il veut donc se repentir d'être né de cet acte monstrueux commis par son géniteur, qu'il n'a aimé que parce qu'il ne la connu que veuf. La seule personne avec laquelle il se reconnaît d'avoir une relation d'amour, c'est sa soeur jacqueline, parce que, née du même péché que lui, elle n'a pas eu, elle non plus, d' époux terrestre..."
Le cinqième chapitre intitulé "la douleur de l'espérance" traite des cinq dernières années de Pascal, de juillet 1657 au 19 août 1662, date de son décès à l'âge de trente neuf ans et deux mois!
..."Même s'il ne quitte Paris qu'une seule fois, en 1660, pour un court séjour en Auvergne, tout se passe comme s'il menait alors -entre trente-quatre et trente-neuf ans- six existences simultanées : le scientifique travaille à la théorie des probabilités ey au calcul intégral en veillant à protéger jalousement ses découvertes; le polémiste féraille avec les jésuites et le pape; le philosophe produit une réflexion désespérée sur la condition humaine dans la plus belle langue qu'on ait encore jamais écrite; l'entrepreneur invente les transports en commun et défend ses intérêts d'actionnaire dans les marais poitevins; le pédagogue enseigne aux enfants des plus grands; enfin, Blaise Pascal se prépare à mourir dans l'obsession de l'humilité et du salut...Cinq <<doubles>> assumés, lucides, polémiquant volontiers l'un avec l'autre, contradictoires sans écartelement, exempts de tous symptômes schizophréniques. Plutôt comme une sorte de bouquet final : cinq doubles, cinq oeuvres, cinq ans...
Le 11 juin 1658, Pascal adresse à l'archevêque de paris, pour la faculté de théologie, sous le nom de Cinquième Ecrit des curés de paris sur l'avantage que les hérétiques prennent contre l'Eglise de la morale des casuistes et des jésuites , un texte qu'il () considère comme <<son plus bel ouvrage>>. Tout l'objet de cet Ecrit est de montrer que les jansénistes, en critiquant les jésuites, n'en sont pas pour autant devenus les alliés des protestants...Suit un extraordinaire résumé des Provinciales, le meilleur qu'il soit possible d'écrire en si peu de lignes...Pascal n'a jamais été aussi limpide et éfficace. On comprend qu'il soit plutôt content de lui...bezaucoup deans l'Eglise approuvent les jansénistes...Les évêques volent maintenant au secours de la victoire...Les Provinciales sont () implicitement réhabilitées..."
Concernant l'Education, Pascal pense que "c'est () en éduquant les héritiers et les successeurs des princes, pour les préparer à devenir autre chose que des tyrans capricieux, qu'on pourra améliorer la société.."
En 1657-1658, "Pascal écrit pour les grands élèves de Port-Royal, deux textes sur l'art de s'exprimer , l'un en littérature, l'autre en mathématiques. Deux textes à des années-lumière de ce qu'on enseigne à l'époque dans les collèges..."
A la fin du texte De l'art de persuader en littérature, "que tout apprenti écrivain d'aujourd'hui devrait encore méditer, il résume dans un passage particulièrement célèbre son art d'écrire et son mépris du vocabulaire compliqué derrière lequel se cachent immanquablement le faux savoir et les idées banales...
Dans un second texte, Eléments de géométrie,() il applique cette même exigence de simplicité aux mathématiques...à partir de cette réflexion sur l'unité des concepts en vient une autre,on ne peut plus profonde, sur l'unité des sciences physiques et mathématiques, du mouvement, de l'espace et des nombres, autrement dit sur l'unité mathématique de l'espace et du temps...
En même temps qu'il rédige ces cours destinés aux élèves, il travaille à trois autres textes () qui ne seront publiés qu'après sa mort sous le titre Discours sur la condition des Grands. Ils constituent comme un énoncé des devoirs d'un puissant et se présentent comme une démonstration radicale de l'illégitimité des princes, que les révolutionnaires de 1789-qui ne les connaissaient pas- n'auraient sans doute pas reniés...l'aristocratie n'a aucun droit naturel au pouvoir, et tout destin-celui d'un noble comme celui d'un mendiant- n'est que le produit d'une multitude de hasards. Aussi nul ne peut revendiquer son origine comme un mérite...
Dans le troisième Discours, il explique que, malgré les égards dûs à un grand seigneur, on doit, s'il est indigne de son rang, lui marquer <<le mépris intérieur que mériterait la bassesse de son esprit>>. Car la seule valeur d'un homme vient de sa capacité à faire et à recevoir la charité. Et plus on est riche, plus on doit rendre de ses richesses. autrement dit, les Grands sont plus méprisbles que les autres hommes s'ils ne sont pas charitables...
En même temps qu'il polémique contre les jésuites, qu'il participe à la rédaction de grammaires et de livres de géométrie, qu'il rédige des leçons de politique, Pascal fait son ultime - et peut-être plus importante- découverte mathématique, celle dont les conséquences pour la science et l'industrie sont aujourd'hui encore des plus considérables : sans elle, pas de ponts métalliques, de barrages,d'avions, de fusées, d'ordinateurs...
A partir de ses travaux sur les jeux de hasard, il va être conduit à théoriser l'infiniment grand et l'infiniment petit. Il en déduira une méthode de mesure de la surface décrite par une courbe : il commencera par découper cette surface en une infinité de surfaces infiniment petites mais rectangulaires, et donc aisément calculables; puis il démontrera que la somme d'un nombre infiniment grand de ces surfaces infiniment petites peut-être un nombre fini : tout le calcul intégral est contenu dans cette dernière proposition..."
Je laisse au lecteur le plaisir (?) de découvrir la démonstration pages 324 à 327 de l'ouvrage de Jacques Attali. L'auteur en dégage tout l'intérêt :
"A la fin du traité, Pascal observe la similitude entre la somme de nombres infinement petits et la mesure de surfaces. C'est l'occasion de s'émerveiller à nouveau devant l'unité de la nature et de faire <<ressortir la liaison, toujours admirable, que la nature, éprise d'unité, établitentre les choses les plus éloignées en apparence>>.
Suit ce passage d'une étonnante modernité sur la similitude entre création scientifique et création naturelle :<<lanature s'imite. Une grtaine jetée en bonne terre produit. Un principe jeté dans un bon esprit produit. Les nombres imitent l'espace qui sont de nature si différente. Tout est fait et conduit par un même maître.>> Le monde des idées, comme celui de la nature, est dirigé par un seul et même maître - Dieu, évidemment- dont la présence se manifeste dans les relations inattendues entre des concepts et des faits à priori onne peut plus éloignés les uns des autres : <<les racines, les branches, les fruits, les principes, les conséquences>>. <<Mouvement infini : le mouvement infini, le point qui remplit tout, le mouvement en repos, infini sans quantité, indivisible et infini...>>
Suit une longue démonstration (pages 328 à 331) qui débouche sur cette conclusion de l'auteur :
"Pascal découvre ainsi ce qu'on appellera plus tard les <<intégrales doubles>>, qui mesurent des volumes, par opposition aux intégrales simples, qui mesurent des surfaces..."
Suit de nouvelles considérations scientifiques que je laisse au lecteur le soin de découvrir (pages 328 à 340).
L'auteur aboutit à la constation suivante :
" Si Blaise ne parvient plus à simplifier autant qu'il le voudrait ses propres calculs, alors que la simplicité reste par ailleurs sa hantise, c'est qu'en cette phase de son travail et de ses raisonnements sur la cycloïde, à la fin février 1659, ses douleurs deviennent telles qu'il ne peut plus ni écrire, ni lire, ni même souvent parler...
Durant cette période d'intense activité - qui va de juillet 1657 à février 1659- Pascal ne cesse de travailler à une tâche plus colossale encore : sa fresque sur la condition humaine..."
Il y montre que "la science elle-même est un chemin vers Dieu : << L'unité jointe à l'infini ne l'augmente de rien, non plus qu'un pied à une mesure infinie. Le fini s'anéantit en présence de l'infini et devient un pur néant. Ainsi notre esprit devant Dieu, ainsi notre justice devant la justice divine. Il n'y a pas si grande disproportion entre notre justice et celle de Dieu qu'entre l'unité et l'infini.>>
"...Il souhaite montrer comment la chute - dont il ne met pas en doute la réalité historique, juste après la création du monde, soit trois mille ans avant Jésus-Christ- a affaibli l'homme et lui a interdit d'espérer tout bonheur ici-bas. Il veut faire rendre raison aux philosophes, ces <<demi-habiles>>qui croient pouvoir prouver qu'on peut vivre sans Dieu, et leur démontrer que la seule voie vers le bonheur est celle de Jésus-Christ, pas celle des philosophes :<<Se moquer de la philosophie, c'est vraiment philosopher>>.
Mais, s'il écarte des philosophes, il écarte aussi bien les théologiens, et leurs preuves métaphysiques de l'existence de Dieu : pour lui, Dieu n'est pas une évidence naturelle ni une donnée rationnelle...la logique " (contrairement à ce que pense Descartes) " est incapable d'établir l'immortalité de l'âme. On ne peut pas, pense-t-il, amener quelqu'un vers Dieu en lui transmettant un savoir ou en lui imposant une vérité. Dieu n'est pas un argument d'autorité..
Il s'attache à montrer que la raison ne saurait suffire à comprendre la condition humaine. Ceux qui cherchent à appréhender l'homme par la seule raison, et négligent ce qui, en lui, échappe à la logique, ont trop peur de le comprendre vraiment....
Il faut donc prendre l'homme dans son <<ignorance naturelle, qui est le vrai siège de l'homme >>...Cette <<ignorance savante, qui se connaît>>, lui apparait () comme la meilleure définition de ce qu'il cherche. Elle exige de ne pas se contenter de la raison. D'ailleurs, en travaillant sur des théories difficiles, il a bienvu que, même en mathématiques, la découverte n'a rien de logique, de déductif, de rationnel; elle est inductive, folle : <<la fécondité sera fonction de l'amplitude intellectuelle>>. L'essentiel gît dans l'intuition, le message venu de l'extérieur; les démonstrations logiques n'en sont que la part la plus facile, qu'on peut confier à des machines ou à la partie la moins créative, donc moins interessante à l'esprit...
Il sait cependant qu'il ne pourra pas écarter totalement la raison, ne serait-ce que pour montrer aux sceptiques que Dieu ne la contredit pas. <<...il faut commencer par montrer que la religion n'est point contraire à la raison. Vénérable, en donner respect. La rendre ensuite aimable, faire souhaiter aux bons qu'elle soit vraie.>>
...Pour affronter les questions de la condition humaine telles qu'elles sont, c'est à dire insolubles, il lui faut donc aller au-delà de la raison...autrement dit, puisqu'on admet sans le comprendre qu'il soit possible de venir au monde, il n'y a pas de raison de s'interdire de croire également qu'il soit possible de renaître!
Aussi ne faut-il pas chercher à expliquer rationnellement tous les mystères de la religion, tels que ceux de la Trinité, de l'Incarnation, de l'Eucharistie ou de la Chute. On ne peut se convaincre de l'existence de Dieu que par l'amour. Croire en Dieu parce qu'on croit en avoir démontré l'existence ne mène à rien...
Pascal entend organiser sa démonstration en deux étapes : démontrer la réalité historique de Dieu, puis faire comprendre que le Christ est venu apporter toutes les réponses aux questions qui subsistent ...
SUITE DANS UN DEUXIEME ARTICLE QUI PORTE LE MEME TITRE !